3. Vous êtes le peuple élu.
# **V**ous êtes le peuple élu
Vous êtes le petit nombre qui a eu le courage de revenir pour la deuxième session. Je suis très heureux de vous voir tous, et je dois vous demander de m'excuser pour mon comportement d'hier - j'ai été un peu furieux, non, hmmm? Excusez-moi, car c'est le seul moyen de filtrer la foule. J'ai rendu la première session si dure pour vous… Cela aide à filtrer la foule.
Cela fait partie des techniques dont le maître se sert. Au bout d'un moment ceux qui sont venus par simple curiosité abandonnent tout naturellement. Le résultat, c'est que nous sommes maintenant un groupe de chercheurs. Je peux maintenant tout partager avec vous, et cela ne pourra que vous aider. Pourquoi ai-je agi ainsi? Voyez-vous, même la connaissance juste, si elle est partagée avec les mauvaises personnes, portera toujours de mauvais fruits.
La connaissance, dans les mains de celui qui n'est pas mûr pour la manier, peut devenir dangereuse. C'est comme un couteau dans des mains d'enfant. On ne met pas Shakti, le pouvoir, dans les mains de celui qui n'a pas Buddhi, l'intelligence!
Aujourd'hui, nous avons assez de puissance nucléaire, assez d'armements pour détruire la terre non pas une fois, mais 700 fois.
Quelle en est la raison?
La connaissance juste entre les mains des mauvaises personnes.
C'est ce qui arrive lorsque Shakti agit sans Buddhi. C'est le plus sûr moyen de détruire l'humanité.
Notre sujet de ce jour est La Sagesse du Corps, c'est à dire l'intelligence subjective du corps.
Observez votre corps.
Tant de choses mystérieuses, inexplicables, se passent à l'intérieur de lui! Regardez en vous : il y a une usine géante qui tourne à l'intérieur. Même le mot usine est trop faible! C'est une industrie, toute une zone industrielle!
En pensant simplement à tous les mystères qui sont dans votre corps, vous percevrez la gloire de l'Existence.
En sanscrit le corps est appellé Pindaanda, tandis que l'Existence ou Parashakti, le corps cosmique, est appellée Brahmaanda.
Tout ce qui arrive dans l'univers arrive aussi dans votre corps.
Plongez simplement le regard à l'intérieur, et vous serez frappé d'émerveillement!
Le corps possède son intelligence profonde, intrinsèque. Hier nous avons tous parlé et entendu parler de Qui suis-je? et du système qui pose la question Qui suis-je? Si vous avez vraiment cherché, cette question est devenue une quête en vous, plus une simple question… Mais, il y a une énorme différence entre la question et la quête. Hier nous avons fait de Qui suis-je? une simple question. Nous n'en avons pas fait une quête intérieure. Lorsque cette question sera vraiment devenue pour vous une quête intérieure, vous aurez une expérience intérieure profonde.
Quoi qu'il en soit, je disais que ce n'est qu'en commençant à comprendre les mystères du corps, en commençant à respecter le corps, que vous découvrirez que vous n'êtes pas le corps. Montrez du respect au corps, et vous saurez qui vous êtes. C'est une très belle manière de découvrir qui vous êtes!
Il y a deux voies : l'une qui consiste à condamner, à détruire le corps, en déclarant Je ne suis pas le corps, je ne suis pas le corps. On peut ainsi dépasser le corps. Mais c'est une voie dure, la voie des yogis et des tapasvis, pas celle des gens ordinaires.
L'autre voie consiste à respecter votre corps. Cultiver pour votre corps un amour et un respect profonds vous
mènera à la réalisation que vous n'êtes pas le corps.
En général, nous nous servons du corps comme d'une machine, d'un objet. Trop souvent nous condamnons ce corps, pensant que c'est lui qui nous perturbe, qui nous tire vers ceci, vers cela. Nous allons jusqu'à condamner nos sens! Mais en réalité c'est nous qui usons et abusons du corps en le traitant comme bon nous semble.
Pensez à ce qui arrive même lorsque vous faites un acte simple comme manger un plat épicé, très pimenté.
Votre langue se met à vous brûler, vos yeux larmoient votre corps n'en peut plus, il vous le fait savoir en émettant des signaux désespérés. Mais sommes-nous à l'écoute des plaintes du corps?
Vous verrez que chaque fois que vous abusez de quelque chose, votre corps finit par en pâtir. Si vous regardez la télévision jusqu'à minuit vous avez les yeux fatigués.
Votre corps crie je veux aller au lit! J'ai besoin de repos!
Mais lui en donnons-nous la permission?
Et le matin venu, nous condamnons notre corps parce qu'il n'est pas en pleine forme!
Quelqu'un peut-il dire le contraire?
Nous avons tous en général cette idée dans la tête que nos sens nous détruisent, que le corps est notre ennemi.
Très tôt dans la vie on nous apprend que le corps est notre ennemi.
(Dans l'assistance) Non, Swamiji… Je ne suis pas d'accord. Pourquoi dites-vous cela? Regardez autour de vous. Dans la société, dans beaucoup de livres spirituels, nous voyons qu'il est dit que le corps est à négliger. L'idée même de contrôler le corps vient de l'idée que c'est notre ennemi. Vous comprenez? Lorsqu'on commence à aimer son corps, on n'a plus à le contrôler. On a une relation profonde avec le corps. Vous saisissez l'idée?
(Dans l'assistance) Ce qu'on doit contrôler ce n'est pas le corps, mais les sens…
Oui, les pancha-indriya, les cinq sens, doivent être contrôlés. Mais faites-vous nettement la différence entre les panchendriyas et le corps? Sur le plan pratique, on ne peut faire la différence entre les deux. Indriya signifie ce qui est à l'œuvre à l'intérieur des yeux, à l'intérieur de vos oreilles. Mais pouvez-vous le contrôler? Il n'y a que vos yeux que vous pouvez essayer de contrôler.
C'est ce qu'on voit dans l'histoire des trois singes. Ils se bouchent les yeux, les oreilles et la bouche pour dire ne voyez pas de mal, n'entendez pas de mal, ne dites pas de mal. La leçon porte sur le contrôle des sens. Mais, singes
qu'ils sont - comme nous tous - ils ne font pas la différence, et ils essaient de contrôler leur corps. Nous ne connaissons que le corps grossier. C'est donc lui que nous contrôlons.
(Dans l'assistance) Peut-on vraiment contrôler ses sens? Graduellement, avec beaucoup de pratique, on peut arriver à contrôler ses sens. Mais qu'en résulte-t-il? On ne fait que se rendre insensible.
Dites-moi, si vous êtes enclin à contrôler quelqu'un, c'est que vous ne lui faites pas confiance, n'est-ce pas? Nous contrôlons le corps parce que nous avons perdu confiance en lui! Je ne condamne pas cette voie. On peut arriver à la spiritualité par cette voie-là aussi. En fait, c'est la voie du Yoga. Mais elle peut être dangereuse, si vous n'avez pas la maturité requise pour la suivre correctement. Vous pouvez finir par perdre toute sensibilité, toute joie de vivre - sans aboutir à rien.
L'autre voie, qui est ouverte à tous, consiste à entrer dans une relation d'amour profond et de respect, non seulement vis à vis de notre corps, mais de tout. Même en entrant profondément dans le système, avec amour, clarté, compassion, on peut en sortir.
Sri Ramakrishna le dit en beauté :
Il y a deux façons de traverser le fleuve de Maya.
L'une consiste à rassembler toutes ses forces et à enjamber
le fleuve.
L'autre consiste à se tenir debout face face au fleuve, les mains jointes en priant : Ô Maya, je t'en prie, laissemoi traverser!
La première voie est presque impossible à suivre. Il vous faudra peut-être des janmas, des vies, pour trouver assez d'énergie pour faire ce bond. Il vous faut d'abord contrôler les sens, puis le mental, puis la chitta, puis l'égo - et finalement vous atteindrez l'illumination. Ce processus peut prendre plusieurs vies. Très peu de gens ont le courage ou la capacité de suivre une telle voie.
Section 2
Mais à l'âge du jet, tout le monde veut des solutions instantanées. À café instantané, méditation instantanée! Il faut des techniques qui donnent des resultats immédiats. À l'âge du jet, seules les techniques de l'âge du jet marchent. La voie juste consiste à coopérer avec le corps, à faire confiance à sa sagesse. Et la première chose à faire, c'est laisser tomber toute négativité, toute hostilité, toute idée de contrôle du corps par l'esprit : Tu es ton corps.
(Dans l'assistance) Mais comment peut-on lâcher le contrôle, sans être sûr? A moins de lâcher, comment le saurez-vous? Lâchez simplement la négativité, et voyez ce qui se passe!
Une petite histoire :
Par une nuit de poornima, de pleine lune, un homme illuminé, un sannyasi, était assis dehors à jouir du beau paysage : le ciel nocturne, les étoiles, la brise fraîche... Dans une cabane toute proche, il entendit un homme se plaindre amèrement des misères de la vie. Il alla l'appeler et lui dit Sors, viens profiter de la nuit étoilée, de cette pleine lune! L'homme refusait de croire qu'il puisse y avoir quelque chose de beau dans la vie. Non, dit-il*, Je ne te crois pas. Montre-moi d'abord la lune, les étoiles - prouve-moi qu'elles sont belles, et je sortirai! Sors, et tu verras par toi-même!* lui cria le sannyasi. Mais l'homme refusait. Avant même de sortir, il voulait avoir la preuve! Comment peut-on voir, si on ne sort pas? Au bout d'une minute le sannyasi sécria soudain Ta cabane a pris feu! Ta cabane a pris feu! Immédiatement, l'homme se hâta de quitter la cabane. Et voyant soudain la pleine lune et le ciel étoilé, il se perdit dans cette beauté. Il oublia complètement que sa maison était censée être en feu. Il dit au sannyasi : Oh, que c'est beau! Quand tu me
l'as dit je n'ai pas voulu te croire - maintenant je comprends. Puis il se ravisa : Tu m'as bien dit que ma cabane était en feu?
Tu m'as donc menti!
Oui, répondit le sannyasi, j'ai du te mentir pour te faire quitter ta cabane.
De même, l'intelligence du corps existe vraiment. Mais pour la voir il faut d'abord se libérer du doute! Vous me demandiez comment lâcher le doute sans avoir de preuve que l'intelligence du corps existe. Il faut du courage, de la confiance, pour faire ce pas. Vous comprenez maintenant?
Vous voyez, je ne peux pas vous faire voir la nuit étoilée sans vous faire sortir de chez vous! Si l'idée vous inspire confiance, testez-la dans votre vie, et vous verrez qu'une formidable intelligence du corps existe, qu'elle est là pour vous servir, qu'il n'est pas du tout nécessaire de contrôler le corps.
Aucune méthode de contrôle et de discipline du corps ne peut donner de résultat permanent. Que cela soit clair pour vous. Essayer de contrôler de force votre usage du tabac ne donnera aucun résultat permanent. Votre résolution pourra faiblir à tout moment, car elle est superficielle!
Eveiller l'intelligence du corps, respecter l'intelligence du corps, voilà la première chose à faire dans notre vie. Aujourd'hui je vais vous donner une technique pour éveiller en vous l'intelligence du corps.
(Dans l'assistance) Donc, comme le sannyasi de l'histoire, vous allez aussi nous guider et nous faire sortir? Je ne vous guide pas, je vous crie que votre maison est en flammes, votre maison est en flammes! (rire prolongé)
Pendant la méditation je vais crier, et vous verrez que vous sortirez. C'est ce qui va arriver.
(Dans l'assistance) Pouvez-vous nous expliquer ce que veut dire contrôler le corps?
Nous avons tellement de façons de modifier le fonctionnement naturel du corps, pour des raisons sociales surtout. Par exemple, vous voulez bien dormir jusqu'à 7h30 du matin, vous aimeriez bien dormir jusqu'à cette heure-là, mais…
Swamiji, vous voulez dire que le corps veut dormir, ou bien...?
Oui, j'y viens. Je vais vous éclairer précisément sur ce point… hmmm?
Vous voulez peut-être dormir. Mais ayant lu que brahma muhurta, la période qui va de 4h30 à 6h30 du matin, est la bonne heure pour méditer, vous vous dites qu'il faut vous lever tôt pour méditer - et vous mettez le réveil à 4h30. Et lorsque le réveil sonne, que faites-vous? Vous l'arrêtez et vous continuez de dormir! Puis finalement, vous vous levez et vous essayez de méditer, mais votre corps
refuse de coopérer. Malgré tout, vous le forcez à fonctionner
Savez-vous que la recherche a prouvé que sur les huit heures passées à dormir, on ne dort vraiment que deux heures! À ce moment, la température du corps s'abaisse de 2 degrés! Le reste du temps on ne fait que tomber dans l'état de rêve et en sortir. Mais si vous trouvez à quel moment correspondent ces deux heures pour vous, et que vous ne dormez qu'à ce moment-là, vous pourrez rester éveillé le reste de la nuit. Par contre s'il vous arrive de veiller pendant ces deux heures, même si vous dormez ensuite dix heures, vous vous sentirez mal dans votre assiette toute la journée.
selon votre idée de ce qui est bon pour lui.
Ces deux heures diffèrent d'une personne à l'autre. En gros, il y a 2 types de corps - sauramana sharira et chandramana sharira. Le corps de type sauramana a besoin de se coucher tôt et de se lever tôt. Il lui faut absolument dormir entre 20h et 22h. Le type chandramana a besoin de sommeil tôt le matin. Vous pouvez le constatez aisément dans vos propres habitudes, surtout si vous êtes jeune, si vous préparez vos examens. Certaines personnes peuvent facilement veiller tard, tandis que d'autres peuvent se lever tôt mais ne peuvent pas veiller tard la nuit. Ainsi donc si les livres spirituels vous demandent de vous lever avant l'aube et que vous essayez de suivre ces règles, cela peut ne pas vous
convenir.
Regardez notre façon de manger : nous avons l'estomac rempli, mais nous mangeons encore. Rien que parce que le goût nous plaît, même si l'estomac nous dit qu'il n'a plus besoin de nourriture! Pire, j'entends les gens dire, dans les réceptions surtout - regardez, on m'en a trop servi, mais je mange, pour ne pas gaspiller. Sinon que penseront les hôtes?
Quelle atrocité envers son corps!
Dites-moi, est-il mieux de perdre la nourriture à l'extérieur, ou de l'ingérer de force, pour la rejeter ensuite? Dans les deux cas elle est perdue, car le corps n'en a pas besoin. (rires)
Pourquoi riez-vous? N'est-ce pas la vérité? N'est-ce pas ce que nous faisons?
Si vous gaspillez de la nourriture à l'extérieur, au moins vous ne gaspillez que de la nourriture. Si vous la mangez, vous épuisez aussi les ressources du corps en l'obligeant inutilement à digérer cette nourriture dont il n'a pas besoin.
Mais Swamiji, vous nous demandez aussi de ne pas contrôler le corps. Alors comment contrôler notre langue, qui nous demande de manger parce que c'est bon? Oui! Bonne question. Il ne faut pas contrôler la langue. Ce
n'est pas nécessaire. Tout ce qu'il faut faire, c'est éveiller
l'intelligence du corps. En fait, vous n'arriverez jamais à contrôler la langue, ni aucun des sens. Qui a déjà réussi à faire cela ? Si vous jeûnez, soyez sûr que dans le courant de la nuit vous allez rêver de nourriture. N'est-ce pas? Si vous jeûnez plus de deux jours, même pendant la journée la pensée de la nourriture vous rendra fou! La Vérité, c'est que toute réaction contrôlée trouve une autre façon de s'exprimer. Elle refuse d'être contrôlé!
Petite histoire:
Section 3
Un jeune homme vint me demander de l'aide pour arrêter de fumer. Je lui demandai comment il avait pris cette habitude. Il me dit qu'il était sorti avec un groupe d'amis, tous fumeurs. Manque de chance, il rencontra son père ce jour-là. Le voyant dans le groupe, son père en conclut que lui aussi il avait fumé. A la maison, le père se mit à crier sur son fils, refusant de croire qu'il n'avait pas fumé. Le garçon me raconta que le lendemain il avait fumé un paquet tout entier rien que pour dégoûter son père! Et c'est ainsi qu'il devint peu à peu dépendant du tabac. Lorsqu'il me demanda comment arrêter, je lui dis N'arrête pas. Continue de fumer. Mais ne le fais pas pour prouver quelque chose à quiconque. Ne le fais pas pour dégoûter ton père. Et ne t'imagines pas qu'en fumant tu es devenu mûr et indépendant! Chaque fois que tu prends une cigarette, fais-le en silence, sois conscient de la raison pour laquelle tu fumes. Tu y arriveras tout seul.
Quelques jours plus tard, le garçon revint me voir. Il me dit Swamiji, je n'arrive plus à fumer! En le faisant consciemment, j'ai compris que je ne fumais pas pour le plaisir de fumer. Fumer n'a pas tant d'importance pour moi.
Puis il ajouta quelque chose qui me fit très plaisir. Il me dit Swamiji, je comprends maintenant que j'ai dérespecté mon corps pendant tout ce temps, en remplissant mon organisme de fumée!
Quand vous devenez conscient de ce que vous faites, beaucoup de choses tombent d'elles-mêmes, elles s'arrêtent naturellement. C'est la seule solution définitive.
Bien sûr, l'éveil de l'intelligence peut prendre plusieurs jours. La patience d'attendre jusque-là est ce qu'on appelle tapasya.
D'ici là, ne retournez pas à l'intelligence de second ordre que vous avez prise à la société, aux règles morales de la société. Faites confiance à votre corps! Nous vivons dans la crainte de notre corps. Nous craignons ce qui peut arriver si nous ne le contrôlons pas. Nous nous sentons assis sur un volcan! Dès que nous avons froid ou fièvre, ou le plus léger mal de tête, nous prenons un comprimé. Nous trouvons tout à fait acceptable d'avaler des comprimés sans raison. La plupart de nos malaises courants peuvent être traités facilement, avec un peu de soin. Mais nous ne reconnaissons
pas au corps le pouvoir de se guérir. Un corps qui sait digérer de la nourriture, pomper du sang, réparer des os brisés, accomplir mille autres tâches complexes sans aide extérieure, ne saurait-il pas gérer une fièvre ou une migraine?
Laissez votre corps fonctionner selon sa propre intelligence, et vous verrez vous-même l'étendue de sa sagesse!
Encore une petite histoire du Bouddhisme Zen… Le savez-vous, le Zen est la seule religion encore vivante de nos jours à posséder une série de maîtres illuminés? Aucune autre religion n'a si bien survécu tout en restant vivante et adaptée à toutes les époques! Zen, c'est un grand don de l'Existence à l'humanité.
Nansen, célèbre maître Zen errant au Japon, arrive dans une nouvelle ville. Les gens viennent le voir, et lui disent:
Maître bien-aimé, nous avons tant entendu parler de vous! Nous savons qu'en étant simplement en votre présence les gens se sentent joyeux, ils guérissent de leurs maladies, ils voient leurs vœux se réaliser. Quelle pratique spéciale de méditation vous donne ces pouvoirs? Le maître répondit simplement : Quand je mange, je mange. Quand je dors, je dors. Voilà la méditation que je fais.
C'est ainsi que parlent les maîtres Zen! Et, pas plus que
vous, les gens ne comprennent le sens de ces paroles. Alors ils réclament une explication.
Le maître leur demande : Quand vous mangez, mangezvous vraiment?
Et moi, je vous demande:
Lorsque nous mangeons, mangeons-nous vraiment? Quand nous mangeons, nous pensons à tout, sauf à manger! Tous nos soucis passés, nos projets d'avenir apparaissent au moment où nous mangeons. Ai-je raison?
(deux voix dans l'assistance)
C'est vrai, nous ne sommes pas conscients de manger… Nous ne vivons pas dans le présent.
Oui! Très bien. Ces deux mots sont la clé du message d'aujourd'hui. Ces deux personnes l'ont magnifiquement exprimé.
Les paroles des Upanishads sont si pleines de sens :
Annam brahmedi navya jaanaat
Annam na nindyaat tatvakam
Le commentateur dit à propos de ce sutra:
La nourriture est Dieu. Si vous mangez sans un profond respect, sans attention, cela revient à jeter la nourriture à la poubelle. Que se passe-t-il quand vous mettez la nourriture à la poubelle? Il se passe la même chose à l'intérieur - ou pire encore, la nourriture ne fait que se décomposer à l'intérieur.
Voyons maintenant le point suivant : le sommeil. Lorsque nous dormons, dormons-nous vraiment? Non! Nous rêvons continuellement. Lorsque nous sommes éveillés, nous rêvassons. La nuit, nous rêvons. C'est tout.
(Dans l'assistance) Mais pas tout le monde, Swamiji! Non, pas tout le monde. En fait, les gens qui doivent rester alertes toute la journée ne rêvassent pas. Ils réussissent donc mieux tout ce qu'ils font, car lorsqu'on cesse de rêver, on commence à vivre dans la réalité. La possibilité de devenir riche s'accroît donc si on est toujours alerte. Lorsque vous devenez plus conscient, non seulement l'argent, mais des succès de toute sorte viennent à vous.
Mais si nous ne rêvons pas, Swamiji, nous ne pouvons pas travailler!
Voyez-vous, il y a deux choses : planifier et rêver. Planifier, c'est toujours chronologique, terre-à-terre, physique, réaliste.
Rêver est toujours fantaisiste. Si votre capacité réelle est de gagner cent euros, votre fantasme sera de gagner mille euros. Et le temps de gagner les mille euros, vous voilà déjà rêvant d'un million d'euros!
Vous êtes seul à pouvoir dire si vos plans sont des plans, ou
bien des rêves. Je peux vous donner la lampe-torche, mais c'est à vous de vous en servir pour déceler dans votre vie de tous les jours quels sont les plans et quels sont les rêves. Avec un plan, si vous avez fait de votre mieux, même si cela ne marche pas, vous n'aurez pas l'impression d'avoir échoué. Avec des rêves, même si vous réussissez, vous aurez l'impression d'avoir échoué! Vous ne pouvz être satisfait, parce que le rêve suivant est déjà en chemin!
Swamiji, vous voulez dire que si nous nous sentons satisfaits de notre vie actuelle, il ne sera pas nécessaire de rêvasser?
Exactement. C'est la vérité. Mais comment la mettre en pratique?
Aujourd'hui, il est très difficile de se sentir satisfait, car nous sommes nourris de rêves dès notre très jeune âge. Dans les temps anciens, il était très facile de suivre la morale, car il y avait très peu de tentations. Sita resta loyale envers Rama toute sa vie, parce qu'elle n'avait pas été gavée depuis son enfance d'informations sur autre homme. Elle n'avait pas vu le grand acteur indien Shah Rukh Khan à la télévision! De nos jours, n'importe quel enfant de cinq ans vous parlera de ses héros et heroïnes de cinéma préférés. Je ne condamne pas le caractère de Sita. Mais c'est la vérité. C'est pourquoi il était très facile de mener ce que nous appellons une vie morale en ces temps-là. Si la civilisation moderne devait être classée psychologiquement parlant, je
pense qu'on aurait l'âge pré-télévison et l'âge post-télévision! Oui, c'est vrai, ces résultats viennent de recherches faites par les américains.
Du temps de Patanjali, lorsqu'on demandait aux gens de se préparer à la méditation en s'asseyant droits, en gardant les yeux fermés et en calmant leur mental, ils le y arrivaient tout de suite. L'esprit avait encore toute sa sensibilité. Il n'était pas atteint, ni compliqué comme celui des gens d'aujourd'hui.
Aujourd'hui, nous avons toute une épaisseur de plus dans notre conscience. Nous faisons tout cérébralement. Ce qui veut dire que nous profitons sans profiter!
Supposez que vous voulez danser. La société vous le permetelle? Non! Elle vous dit : Regardez les duos à la télévision et vous serez satisfaits! C'est pourquoi la télévision est toujours allumée partout, et les duos dansés défilent sans cesse.
Section 4
Nous apprenons ainsi à nous sentir satisfaits rien qu'en regardant cela. C'est du plaisir cérébral. Par l'éveil de l'intellligence cérébrale, notre intelligence du corps a été détruite, nos esprits sont devenus compliqués. Dans les temps anciens, il n'était pas difficile de contrôler le corps, car cette épaisseur cérébrale n'existait pas. Les gens n'avaient alors que deux options : soit s'amuser, aller danser avec qui ils voulaient danser. Ou ne pas s'amuser, point.
Maintenant, il y a cette troisième option. On ne s'amuse plus physiquement mais mentalement, et on jouit de la même chose non-stop! Au moins, le plaisir physique s'arrête à un moment donné. Mais le plaisir cérebral est continuel, avec les média, la publicité, internet, le cinéma, la télévision - on pourrait dresser toute une liste.
Vous n'imaginez pas à quel point la publicité pénètre votre être à votre insu! Des centaines de messages s'inscrivent dans votre organisme chaque jour. C'est une subtile hypnose de masse! Le temps d'un éclair, vous passez en voiture devant un panneau et vous absorbez un message sans même vous rendre compte que vous l'avez vu. Mais une semaine plus tard, vous voilà au supermarché en train d'acheter exactement le produit en question!
Vous savez, la terminologie du marketing emploie l'expression créer un besoin. Vous imaginez! Il s'agit pour eux de créer d'abord ce besoin que vous n'avez pas, puis de faire en sorte que leur produit le comble! C'est cela la couche cérébrale à l'œuvre.
Bien entendu, ce n'est pas à dire que la couche cérébrale n'a rien créé de positif. C'est d'elle que dépendent entièrement la connaissance scientifique, la technologie moderne, tout le confort de notre vie quotidienne. Ces choses ont leur utilité, dans certaines limites - tans que nous en gardons le contrôle, mais pas vice-versa! La télévision n'est ni bonne ni mauvaise. La solution n'est pas de détruire le poste. Il s'agit simplement
de savoir l'éteindre quand il faut.
Et pas seulement la télévision extérieure, mais celle de l'intérieur aussi, celle qui joue sans arrêt dans votre mental. En apprenant à éteindre la télévision intérieure, vous permettez à l'intelligence du corps d'entrer automatiquement en action.
Et donc lorsque notre moine Zen dit Quand je mange, je mange. Quand je dors, je dors voilà de quoi il parle. Quoi que vous fassiez, faites-le à fond, totalement.
(Dans l'assistance) Vous voulez parler de la concentration mentale? Ah! Non, je dirais l'absence de mental!
Lorsque vos pensées disparaîssent, votre intelligence est éveillée.
Un beau mantra, la Gayathri, dit: (Swamiji chante)
Om bhurbhavasvaah Tat savitur varenyam Bhargo devasya dheemahi Dhiyo yona prachodayaat
Voici la traduction linéaire de ce mantra: Puissions-nous méditer sur la Conscience, l'Énergie qui éveille la buddhi, l'Intelligence. Puisse cette Énergie elle-
même nous aider à la contempler! Lorsque votre mental est à l'arrêt, votre intelligence se met au travail.
(Dans l'assistance) Vous voulez dire qu'il se produit un silence dans l'esprit…
Oui, c'est le mot. On peut le décrire par le terme sanscrit mauna. Mauna ne désigne pas le silence à la manière d'aujourd'hui. Il s'agit d'un silence positif.
Quand vous saurez être silencieux, vous n'aurez plus du tout besoin de moi.
Vous commencerez à vous guérir… en fait, vous verrez que les maladies elles-mêmes n'apparaîssent plus. Observez simplement votre corps. Dès qu'un désir profond s'éveille en vous, vous vous sentez automatiquement mal à l'aise dans votre corps. Avez-vous observé cela?
Chaque fois que vous éprouvez kama, krodha, lobha c'est à dire la luxure, la colère, ou l'avidité, vous commencez à vous sentir agité. Vous n'êtes plus à l'aise mais mal-à-l'aise avec vous-même. Tout naturellement, la maladie s'abat sur vous.
Aucune maladie n'arrive sans invitation. C'est vous qui s attirez avec soin les maladies sur vous! Mauvaises habitudes alimentaires, sommeil et santé physique négligés, attentes trop nombreuses… nous forçons tous les maladies à visiter notre corps. Mais quand l'invité se présente enfin, on se
demande Qu'ai-je fait pour mériter ce sort?
(Dans l'assistance) Mais nous ne nous en rendons pas compte!..
C'est exact. Nous n'invitons pas les maladies consciemment. Nous sommes si inconscients que nous ne réalisons même pas que nous faisons tout ce qu'il faut pour attraper ces maladies. Un beau stotra en tamoul chanté par Ramana Maharishi dit:
Aimbula kalvar Agattinil poogumbodu Agattil nee illayo Arunachala?
Lorsque les voleurs des cinq sens sont entrés dans mon esprit
O Arunachala! O Shiva! N'étiez-vous pas à l'intérieur? De même, ces désirs extérieurs ne peuvent pénètrer notre Buddhi que lorsque nous dormons, lorsque nous sommes inconscients.
Mais Swamiji, pourquoi les jeunes enfants tombent-ils eux aussi malade?
Chez l'enfant, seul l'esprit conscient n'est pas pleinement actif. Les instincts inconscients sont à l'œuvre dès l'instant de la naissance. Ces instincts inconscients peuvent aussi inviter la maladie.
Et les maladies héréditaires? Comment pouvons-nous en être responsables?
Si je vous dis que c'est vous-mêmes qui choisissez vos parents quand vous prenez un corps, le croirez-vous? Ce sont des vérités profondes, on pourrait dire "une science mystique"! C'est vrai, vous choisissez vos parents. Et donc, d'une certaine façon, vous invitez leurs maladies sur vous.
Voyons donc maintenant, comment faire pour ne pas inviter ces maladies en nous.
Tout d'abord, qu'est-ce que cette couche cérébrale?
(Dans l'assistance) Le subconscient? Oui, c'est juste. Qu'entend-on par subconscient?
(Dans l'assistance) Ce dont nous ne sommes pas conscients! C'est à dire…?
(Silence)
Bien, je vous explique. Vous roulez gaiement dans votre voiture d'occasion sur une route à grande circulation. À un feu, une voiture flambant neuve s'arrête près de vous. Soudain, un profond désir de posséder cette voiture surgit dans votre esprit. Bien sûr, vous le réprimez immédiatement, sachant que vous ne pouvez pas vous offrir un tel véhicule. Mais cette pensée qui surgit - c'est cela
l'inconscient.
Mais Swamiji, comment puis réprimer ce désir? Vous ne le pouvez pas!
C'est pourquoi je vais vous dire comment le laisser tomber, pas comment l'obliger à tomber. En fait, vous avez réprimé vos désirs trop longtemps. Ni l'expression ni la suppression ne marchent. Vous ne pouvez pas exprimer le désir, prendre de force la voiture à son propriétaire. Et vous ne pouvez pas supprimer le désir. Alors que faire? Simplement laisser tomber le désir.
Swamiji, n'est-il pas possible de garder le désir et d'atteindre le but?
Oui, mais est-ce que ce sera votre ultime désir? Croyez-moi, dès que vous aurez realisé un désir, votre mental passera au suivant. Dès que vous serez au volant de votre BMW, le désir de la Rolls Royce surgira!
Et lorsque le désir surgit, son expression crée kopa, la colère, ou la jalousie. Ainsi, vous devenez hostile envers l'autre simplement parce qu'il ou elle possède quelque chose que vous désirez. Certains retournent cette colère vers l'intérieur, contre eux-mêmes, et il en résulte un complexe d'infériorité. Cela s'appelle la répression.
Le mot subconscient n'est que le terme générique qui sert à désigner tous les désirs supprimés, toutes les émotions réprimées.
Supposez qu'u bureau votre patron est en colère contre vous. Il crie, et une vague de colère s'élève aussi en vous. Vous n'y pouvez rien. En fait, selon la recherche médicale, quand vous êtes fâché, votre corps produit les substances chimiques nécessaires pour vous aider à exprimer cette colère! Votre corps crée donc automatiquement l'énergie qui permet d'attaquer quelqu'un dès que vous êtes en colère. Mais vous ne pouvez oser de réagir, parce que ce quelqu'un c'est votre patron!
Section 5
Que devient alors cette énergie? Elle se solidifie dans votre être. Si elle n'est pas autorisée à couler, à suivre son cours naturel, elle stagne en vous, elle produit une mare de négativité. Toutes ces répressions sont emmagasinées dans votre subconscient, et peuvent finir par détruire l'Être.
Que faites-vous en rentrant du bureau?
Vous claquez la porte! Vous balancez votre dossier sur le canapé! Vous criez sur votre mari ou votre femme! Toutes ces réactions ne sont que les répressions de la journée. À ce moment, si vous avez un bon odorat, vous sentez la colère réprimée qui vous entoure comme une vague mauvaise odeur!
Vous cherchez à exprimer la colère, à la refiler à quelqu'un d'autre. La psychologie behavioriste appelle ce syndrôme "le coup de pied au chien".
Le cycle de "transmission" va toujours du plus fort au plus
faible : le patron met le mari à la porte; le mari rentre et crie sur sa femme; la femme tape l'enfant; et n'ayant personne sur qui passer sa colère, l'enfant donne un coup de pied à son chien.
Mais dites-vous bien que lorsque vous passez votre colère sur quelqu'un, il en résulte toujours une chaîne de karma. Le seul moyen d'exprimer les émotions réprimées, c'est de les rejeter dans l'espace, dans l'akasha. Ainsi, vous êtes libéré du poids de ces émotions, et personne n'est affecté par vos actions.
Comme nous le savons, tout ce que nous réprimons à l'état de veille rejaillit avec force dans l'état de rêve. Si une jolie femme passe par là et que vous ne la regardez pas, par fidélité à votre épouse, soyez sûr qu'elle réapparaîtra dans vos rêves! Ou bien si vous ne voulez pas vous rappeler un événement malheureux, vous arriverez peut-être à l'oublier, mais il viendra hanter vos nuits.
Une petite histoire:
Un homme désirait posséder des siddhis ou pouvoirs miraculeux. Il alla voir un guru de l'Himalaya pour lui demanda de lui enseigner comment posséder ces pouvoirs. Pourquoi veux-tu ces siddhis? essaya de lui expliquer le guru. Ils ne te seront pas utiles dans la vie. Essaie plutôt la méditation, elle te fera grandir spirituellement. Mais l'homme était catégorique. Alors finalement le guru lui
donna un flacon de remède, en lui disant : Prends ce remède trois fois par jour pendant deux semaines, et tu obtiendras certains siddhis rares. À une seule condition : au moment de boire le remède, fais attention à ne pas penser aux singes. Et, demanda aussitôt l'homme, si j'y pense?. Vous imaginez! Qui pense aux singes, autrement? Pourtant dès que le maître lui demande de ne pas le faire, l'homme prend peur. S'il t'arrive de penser à un singe, tu devras te purifier en prenant un bain, et alors seulement tu pourras prendre le remède, dit le guru. Une fois chez lui, l'homme prit le flacon. Mais juste au moment où il allait le porter à la bouche, l'image d'un singe apparut dans son esprit! Pour se purifier, l'homme prit rapidement un bain et retourna prendre le remède. Mais à nouveau, avant d'avoir pu le boire, il se remit à penser à un singe. Cette fois, en allant prendre le bain purificateur, il ne pensa qu'à des singes. La salle d'eau semblait pleine de singes! Il ne voyait que des singes partout! Il croyait devenir fou. Finalement il se précipita chez le guru. Qu'est-il arrivé? demanda tranquillement le guru, tu n'as pas pris le remède? Oh, non! Reprenez votre remède! Je n'en veux pas! criait l'homme. Je ne veux aucun siddhi non plus libérez-moi de ces singes, c'est tout!
Voilà exactement la situation que nous vivons. Nous sommes impuissants contre les hordes de singes qui bavardent dans notre subconscient!
Donc, qu'est-ce que le subconscient?
(Dans l'assistance) Pouvons-nous dire que ce sont les désirs non réalisés, Swamiji? Oui, c'est tout à fait juste.
(Une autre voix)
Mais Swamiji, parfois, même lorsque le désir a été réalisé, il nous apparaît en rêve.
Cela montre que vous ne l'avez pas vraiment réalisé! Quand la réalisation est réelle, on ne porte plus la moindre graine du désir en soi. On n'en a plus besoin. Mais nos réalisations restent inachevées, car nous n'entreprenons rien à fond. Quand on entre à fond dans quelque chose, on en ressort. S'engager totalement est le seul moyen de s'en sortir vraiment! Nous gardons toujours certaines réserves.
Toute notre souffrance n'est rien d'autre que la cristallisation de ces désirs inaccomplis, le subconscient. C'est la couche cérébrale qui perturbe notre bien-être, détruit notre santé physique, mentale et spirituelle. C'est la cause de toute l'irritation, de la colère dont nous ne réalisons même pas la présence en nous. Avez-vous
remarqué ces mères qui crient sans arrêt et sans raison sur leurs enfants? Elles ne s'en rendent même pas compte! Ou comment certaines personnes restent assises à broyer du noir, en déchirant continuellement, sans faire attention, des petits bouts de papier, ou en tirant sur des pétales de fleurs? Quel comportement destructeur!
Combien parmi vous font ce genre de choses? (rires nerveux dans l'assistance)
Sous des dehors calmes, la colère cuve, bouillonnant tout le temps. En rentrant du travail, le plus petit bruit que fait quelqu'un, même votre femme qui pose votre tasse de café sur la table en faisant un petit bruit, suffit pour lâcher les vannes de la colère.
Et pas que de la colère. La luxure aussi bouillonne sous la surface, à tel point que vous avez peur de regarder une photo de femme! Vous avez peur que cela réveille en vous les désirs que vous essayiez si fort de réprimer. De même pour l'avidité..!
Voilà les trois causes majeures de tout notre malheur colère, luxure, avidité.
Il existe des techniques de méditation conçues pour éliminer les répressions, pour affaiblir le subconscient. Je les appelle tout juste des techniques - pas de la méditation. Car le simple mot méditation met beaucoup de gens mal à l'aise. Si je leur donne cent rituels à faire, ils le feront avec joie. Mais
s'asseoir une demi-heure pour méditer, cela les met mal à l'aise. Il est facile de faire des choses extérieures, mais regarder à l'intérieur? C'est la chose la plus effrayante! Parce qu'il y a une boîte de Pandore là-dedans - et qui oserait ouvrir cette boîte de Pandore?
(Dans l'assistance) Mais Swamiji, si nous ne nous contrôlons pas, qu'arrivera-t-il?
Sa question illustre parfaitement ce que je disais! Sentezvous la peur qui vibre dans la question elle-même! Nous vivons tous dans la peur de la Boîte de Pandore qui est en nous. Et donc, dès que nous entendons le mot méditation, nous tentons de fuir.
Certaines personnes n'aiment pas ce mot parce qu'il les effraie, d'autres pensent que c'est une affaire trop sérieuse, qui est quelque part associée aussi à la religion. En réalité la méditation n'a rien à voir avec la religion. Elle n'a de rapport qu'avec la spiritualité.
(Une dame âgée) Et les jeunes, qui entrent dans tout cela? Ha ha ha! Pensez-vous que la méditation n'est que pour les gens de votre âge?
On se fait couramment cette idée que spiritualité et méditation ne sont que pour ceux qui ont déjà vécu leur vie. Je dis que la méditation est le seul moyen de survivre dans la société moderne. C'est méditez, ou devenez fou! Si vous ne savez pas regarder à l'intérieur, le monde extérieur vous
réduira à la folie, tôt ou tard.
La méditation est aujourd'hui un besoin fondamental pour chacun! Fut un temps, méditer était considéré comme un luxe. Maintenant nous sommes si perturbés, si stressés qu'il nous faut la méditation comme il nous faut de l'oxygène.
En quoi consistent en fait ces techniques, Swamiji?
Elles vous aident à vous libérer du fardeau des suppressions. Elles éveillent votre intelligence du corps. Elles font sortir le trouble du mental.
Lorsque le trouble du mental sera évacué, la spiritualité s'épanouira naturellement.
Swamiji, qu'entendez-vous par spiritualité?
Section 6
On reconnaît la spiritualité à ses qualités! La qualité première de la spiritualité est nithyananda – félicité sans fin pleine d'une extraordinaire énergie, d'intelligence, d'amour… Votre être tout entier devient une expression d'amour, l'énergie de guérison émane de vous… tout ceci, avec quelque chose de plus, c'est la spiritualité. Ce quelque chose de plus, je ne puis le définir. Il ne peut être défini, il ne peut être exprimé, il faut le vivre. avec juste une expérience profonde de méditation, vous verrez que tout ce que je dis est vrai. Une seule expérience profonde suffira à faire de vous personne attachée à la méditation.
16 Avril : 3 ème journée,