3. Chapitre 8 Juste Un Petit Espace
# **Chapitre 8 Juste Un Petit Espace**
Maître bien-aimé,
J'ai réalisé que lorsque je m'assois en Votre présence et Vous écoute, je me sens bien plus silencieux que lorsque je médite. Puis, lorsque Vous cessez de parler, tout semble se figer, et j'ai un aperçu du vrai état méditatif. Alors, ma question est : pourquoi suis-je plus facilement silencieux en votre présence que quand je médite seul ?
En réalité, ça ne se produit pas seulement que pour vous, mais aussi pour plein de gens ; même les gens qui ne sont pas dans ma présence directe mais écoutent les enregistrements de mes discours se sentent dans le même état.
Presque tous ceux qui se sont assis en ma présence et mon écoutés même une fois on ressentis cela. Et je ne suis pas comme n'importe quel autre orateur. Avez-vous déjà entendu un orateur parler comme moi ? Même s'il parle de la même façon, allez vous sentir la même chose ? Non ! Toute l'ambiance va être différente. C'est parce que le dessein de ces orateurs est bien différent. Ils ont répétés ce qu'ils vont dire. Il n'y a aucune spontanéité dans toute l'histoire.
Mais la situation est différente avec moi. Demandez aux gens qui sont continuellement autour de moi, ils vous diront. Lorsque Je m'assois dans la voiture avant de me rendre au discours, Je ne demande qu'à ce moment là quel est le sujet du discours que Je vais délivrer. Il n'est pas du tout question de préparer quoi que ce soit.
C'est pourquoi mes discours sont si différents. Cela crée une ambiance toute différente. Je ne connais pas moi-même le mot qui va suivre. Je m'observe et les mots coulent de nulle part. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de fautes, parce qu'il n'y a pas de préparation. Une erreur n'émergera que si la personne s'est préparée. Et je n'oublie jamais rien. Une personne n'oublie que lorsqu'elle a essayé de retenir quelque chose. Et parler sans rien avoir préparé est une telle liberté ! Vous ne savez pas quel mot va suivre. Vous, qui écoutez, êtes comme l'audience qui attend et écoute ce qui va suivre !
Je ne m'occupe pas de savoir si le flot de parole est régulier ou pas ; les orateurs ordinaires s'inquièteront de la consistance et de la logique de leur discours. Mais les choses ne se passent pas comme cela. Je ne me soucie pas du flot, car le flot coule de lui-même. Si la confiance est là ; si une confiance profonde en ces mots est là, alors ces mots se manifesteront. Il n'y a rien besoin de faire d'autre ; les mots vont être générés automatiquement. Vous devez être réceptif et confiant que le flot se produira de lui-même.
Vous voyez : le but de mes mots est lui-même différent. Les orateurs créent des mots dans le seul but de vous influencer ou de vous convertir à leur idéologie. Mais mon but est différent. Je ne crée des mots que pour
l'espace qui existe entre eux. C'est l'unique raison pour laquelle je parle continuellement. Ce ne sont pas les mots qui importent, mais les espaces qui vivent entre eux. Je ne suis pas concerné par ce dont je parle. C'est pour cette raison que mes discours semblent parfois complètement illogiques. Je ne me sens aucunement concerné pas les mots, mais je n'attribue de l'importance qu'aux espaces. Les mots ne se diffusent que pour vous convaincre. Ils n'existent que pour vous faire rester ici et continuer à écouter. Je ne veux pas dire 'rester ici et continuer à écouter les mots.' Non ! Restez et écoutez les espaces.
Vous pouvez tout simplement vous plonger dans ces espaces vierges si vous en devenez conscient. Vous voyez, ces espaces ne sont que pur silence, rien de plus. Mais vous vous accrochez aux mots sans être sensible aux espaces qui soutiennent le silence. Puis vous allez me demander : 'Swamiji, comment devenir silencieux ?' Je suis resté assis en face de vous pendant des heures en vous donnant tant d'opportunités de tomber dans le silence, et vous me demandez comment devenir silencieux !
Que puis-je faire alors ?! Vous devez à tout pris devenir conscient du silence ; c'est le seul moyen de le recevoir.
Je ne vous déclare pas d'ignorer mes mots ! Vous devriez les écouter aussi, car ils vous aideront. Mais restez bien conscient des espaces qui vont se produire entre eux. N'en manquez pas un seul. C'est une façon simple pour le mental de trouver le silence.
Mais d'une certaine façon, nous pensons que le mental n'est pas capable de rester dans le silence. Mais comment pouvez vous ne pas songer que cela est possible tant que vous n'avez pas essayé ? Vous devez essayer. En réalité, le fait n'est pas que nous ne savons pas comment rester en silence. Je vous offre constamment des méthodes pour réussir cela, alors ne pas savoir n'est pas la raison. La raison est plutôt la paresse. Vous désirez rester en sécurité et protégé, vous ne voulez surtout pas avancer. Vous ne voulez surtout pas effectuer le tout premier pas. Vous attendez plutôt que le premier pas vienne à vous ! Mais vous devez y aller, vous devez essayer, alors seulement il y a-t-il une possibilité.
J'ai rencontré beaucoup de gens qui me demandent, 'Swamiji, s'il vous plaît, mettez-moi dans un état de méditation ; mettez mon esprit au repos.'
Mais comprenez-moi bien, je ne peux pas vous forcer à devenir silencieux ; cela est votre tâche. Je ne peux que vous offrir des conseils pour cela. Je ne peux que vous tendre une clef. Vous devez ouvrir la porte. J'ai déjà joué avec les clefs. Je portais un trousseau de 1000 clefs, pour une seule porte ! J'ai du jouer avec chacune des clefs. J'ai du les essayer toutes avant d'arriver à la bonne. C'est seulement à ce moment là que la porte s'ouvrit. Mais la chose est bien différente pour vous. Je suis là pour vous donner la clef. Je vous la transmets maintenant même ! Il vous suffit juste d'ouvrir la porte.
Alors comprenez : ma présence n'est pas la seule chose requise pour vous mettre en silence. Les espaces sont suffisants. Les espaces entre chaque mot sont suffisants. Avez-vous remarquez les longs espaces que j'ouvre entre les mots ? Je vais finir une phrase et un grand espace vierge va s'ouvrir, comme une possibilité. Il n'est là que pour être saisis, pour vous rendre conscient. C'est parce que vous ratez le blanc entre les mots que de longs espaces entre les phrases sont ajoutés. Mais vous ratez ça aussi ! Que puis-Je faire ?
Alors au moins maintenant, ne les ratez pas. Ne ratez pas ces espaces. Prenez en conscience.
(Une longue pause) Etiez-vous conscient ? (Il rie)
Maître bien-aimé,
Lorsque je deviens conscient, je deviens comme ivre. C'est un peu comme si je devenais intoxiqué de félicité, ivre du Divin. Mais cela n'est pas l'ivresse du tout ; cela n'est pas du tout l'inconscience. Cela est une conscience totale. Est-ce une illusion ou est-ce vraiment le Divin ?
Premièrement, vous devez bien comprendre une chose : dans votre dictionnaire Anglais, ivresse et divinité sont deux choses complètement différentes. Mais au niveau de l'expérience, ils sont identiques. Vous avez raison, il ne s'agit pas du tout d'inconscience, mais d'un déversement de conscience.
Au début, vous sentirez que vous êtes comme ivre de félicité, mais vous serez capable de voir la différence bien clairement. Normalement, dans l'ivresse de l'alcool, vous ne serez pas suffisamment conscient du fait que vous êtes soûl. C'est ça la différence.
Vous commencerez à vous sentir intoxiqué de conscience. C'est tellement intense que votre corps ne peut pas le supporter. Tout cela vous submerge. Et vous sentez que cela coule de chaque pore de votre être. Au début, vous êtes comme pris d'assaut, et vous sentez que vous allez perdre le contrôle. C'est pourquoi vous dites que vous vous sentez ivre.
Section 2
C'est parce que lorsque vous expérimentez une telle conscience, vous oubliez tout bonnement votre mental. Le monde entier vous semble comme un rêve : merveilleux. Vous perdez votre égo, vous perdez votre esprit, et vous perdez tous vos soucis. C'est pour cela que vous vous sentez comme ivre. La même chose se produit lorsque vous êtes ivre, mais il y a une différence. Cela ne vous procure aucune félicité. Et même si cela est le cas, cela ne va durer que quelques heures, et vous plongerez dans la dépression. Mais cela n'est pas le cas avec la conscience. Une fois que vous serez devenu réellement conscient, cela ne vous quittera plus du tout, votre conscience croîtra. La clarté restera même lorsque l'expérience aura fanée. Même lorsque l'expérience se sera fanée, une clarté subsistera ; vous ne tomberez pas en dépression.
Vous voyez : toutes drogues vous rendra inconscient, et c'est pour cela qu'il vous semble que vous marchez sur des nuages. Mais la méditation apporte la conscience, et l'attention. Mais comprenez bien, la raison pour laquelle vous vous sentez déborder est parce que la conscience est une chose si immense que vous sentez qu'elle ne peut être contenue dans votre Etre. Vous commencez à sentir que la conscience s'écoule de vous.
Et au début, cela peut vous sembler débordant ; oui, et c'est pour cette raison que vous parlez 'd'ivresse.'
Les drogues vous plongent dans l'inconscience, elles ne vous offrent que quelques heures d'oublis. Et une fois que vous en émergez, vous devenez encore plus déprimé qu'avant. Et vous commencez à désirer avidement l'état que vous avez perdu.
Ce que vous expérimentez est le Divin. C'est la conscience, la conscience pure. La conscience coupe la misère à la racine.
C'est une superbe expérience. Il n'y a pas d'illusion là dedans. Ce que vous expérimentez est au-delà de l'illusion. C'est complètement expérimental. En réalité, cela n'a rien avoir avec aucun produit intoxicant.
Ce n'est qu'au début de vos prises de drogue que vous allez vous sentir comme ça. Et la vérité est que c'est la véritable illusion. Se sentir ivre est la véritable illusion.
C'est comme la capote d'une toute nouvelle voiture. De l'extérieur, la voiture peut sembler bien différente de ce qu'il y a l'intérieur. Mais ce n'est que quand vous l'aurez décapotée et que vous partirez en ballade, que vous comprendrez combien cette chose est merveilleuse.
Alors, profitez de cette expérience pour conduire pendant quelques temps. Donnez-lui du temps, et vous comprendrez sa réalité, ou plutôt, sa réalité vous sera révélée.
Oui.
Maître bien-aimé,
Je suis profondément touché à chaque fois que Vous parlez de notre individualité. Mais je me sens un peu confuse entre ces deux choses : individualité et personnalité. Est-ce que la personnalité a quelque chose à voir avec la génétique, ou est elle notre véritable essence ? Et il y a-t-il une technique que Vous pourriez nous enseigner pour apprendre à connaître notre individualité ?
En fait, c'est un malentendu très courant. Tout le monde confond individualité et personnalité.
La personnalité vous est donnée par la société. Elle porte la marque de toute la culture et de la civilisation que la société vous a donnée. Elle est constituée des données de bases que vous avez reçues des autres gens. Ce sont ces données qui créent votre personnalité.
Vous allez comprendre cela très facilement si vous avez observé des jeunes enfants. Leur personnalité ne s'est pas encore développée. C'est pour cette raison qu'ils sont si plein et si sincères dans tous ce qu'ils font. Ils sont authentiques.
Essayez cela : remontez à vos toutes premières mémoires. Vous pourriez avoir trois ou quatre ans, ou peut être trois. Avant l'âge de trois ans, c'est le brouillard total. Vous ne vous rappelez de rien. Ce n'est pas que vous n'étiez pas là pendant ces trois années. Vous étiez déjà vous-même, alors pourquoi n'y a-t-il aucune mémoire ? C'est parce que vous n'aviez aucune personnalité. Durant ces trois années, la société ne vous avait pas encore marquée au fer rouge. Vous étiez complet et pure. Vous faisiez tout à fond. Vous étiez complètement dans l'instant. Le passé et l'avenir n'existaient pas, il n'y avait que le moment présent.
Vous ne savez pas qui vous êtes ; vous ne connaissez pas votre individualité. Pour vous connaître, vous devez creuser dans tous les conditionnements que vous avez accumulés au cours des années. Vous devez redevenir enfant. A moins que cela arrive, à moins que vous ne mettiez votre personnalité toute entière de côté, l'individualité ne se produira pas. L'individualité n'apparaît que lorsque la personnalité disparaît. Il vous sera difficile de comprendre ce fait tant que vous vous raccrocherez à votre personnalité.
Vous voyez, vous comprenez le monde à travers la logique de votre personnalité. Tous les livres que vous avez lus vont venir s'interposer entre le monde et votre logique. Etre ici sera comme lire un livre. Si cela est le cas, alors asseyez-vous et lisez votre livre gaiement chez vous; quel est l'intérêt de venir vous asseoir en face de moi ? Laissez tomber toutes ces personnalités absurdes ! Une fois que vous les aurez abandonnées, votre individualité se révélera à vous.
Vous ne me comprendrez pas si vous me regardez à travers les lunettes de votre personnalité. Votre esprit collera ses propre interprétations sur tout ce que je dirai.
Et vous ne connaissez rien de vous-même, ou plutôt, vous ne connaissez que votre personnalité. Que connaissez-vous de vous-même ? Si Je vous demande qui vous êtes, quelle est la première chose qui vous vient à l'esprit ?
Votre nom, votre âge, votre sexe etc… Voyez-vous à quel point vous vous identifiez à votre personnalité ? Mais cela n'est pas ce que vous êtes. Vous êtes venu au monde sans nom, alors comment pouvez-vous n'être que ce mot de cinq lettres ?
Ainsi, jusqu'au jour d'aujourd'hui, tout ce que vous connaissez à propos de vous-même est votre personnalité. Mais votre vraie nature est votre individualité : il vous faut encore le réaliser. La méditation est la voie royale qui vous mène à la connaissance de Soi. Elle est un effort qui vous permet de vous débarrasser de cette personnalité et d'atteindre votre individualité qui est le vrai Vous. C'est ce que vous êtes de toute éternité, depuis votre naissance et même d'avant votre naissance. C'est votre Conscience essentielle qui a été recouverte de tant de boue qu'il vous faut creuser maintenant. C'est cela le dessein de la méditation : creuser à travers tous vos conditionnements sociaux, jusqu'à ce que vous atteigniez ce qui doit être atteint. C'est un processus qui s'approfondit jusqu'à ce que vous atteigniez votre individualité.
Alors comprenez bien cela, votre individualité est immortelle ; c'est votre personnalité qui est mortelle. Votre personnalité dépend des autres gens. Et c'est pour cette raison que vous avez peur des autres. Vous êtes sans arrêt soucieux de ce que les autres pensent de vous. Vous n'êtes intéressé que par les opinions et appréciations des autres. Vous êtes toujours dérangé par ce que les gens pensent de vous. C'est le problème.
Alors, votre personnalité est coupable de créer toutes ces fausses idées. Elle est à la source de toutes les absurdités que vous appelez irréalité. Rappelez vous bien d'une chose : tout ce que vous avez appris, tout ce que la société vous a inculqué est faux. Ce n'est pas la réalité, ce n'est pas vous. Ce n'est que ce que vous pensez être. C'est votre personnalité. Alors maintenant, vous devez trouver votre individualité, vous devez retrouver votre innocence.
Section 3
Vous dites, Mais je me sens parfois un peu confuse entre les deux choses : individualité et personnalité… Non, Ma, vous êtes tout le temps confuse à propos des deux choses, pas seulement parfois. Je dis cela parce que si vous connaissiez votre individualité, il n'y aurait jamais aucune confusion en vous. Une fois que vous avez expérimenté la vérité, comment pouvez vous alors penser que le faux est vrai ? Ce qui est faux disparaît de lui-même une fois que vous avez connu la vérité. Alors soyez clair sur ce point : si vous êtes pris au piège dans ce 'parfois', alors ce que vous pensiez être votre individualité n'était en fait que votre personnalité projetée d'une manière différente.
Si vous avez rencontré votre individualité ne serait ce qu'un instant, alors cela est suffisant. Une seconde suffit pour vous débarrasser de votre idée sur votre personnalité. Une fois que votre individualité vous est révélée, votre personnalité ne peut alors jamais revenir entièrement.
L'individualité est réelle, elle est unique. Elle vous libère. Mais la personnalité est sociale. Elle est pseudo, elle vous attache.
Exprimez votre individualité ; devenez unique, expérimentez qui vous êtes réellement.
Merci.