18. Encore une histoire:
# Encore une histoire
Un jour le roi ordonna qu'un maître Zen soit mis à mort. Il devait être executé le lendemain. Le moine resta calme et silencieux. Un de ses disciples, choqué de l'attitude calma du moine, lui demanda : Vous rendezvous bien compte, vous n'avez plus que 24 heures à vivre? N'avez-vous pas peur? J'ai vécu, par conséquent je n'ai pas peur de mourir, dit calmement le moine.
Comprenez-vous? Il dit : J'ai vécu chaque moment de ma vie
moment après moment. Chaque instant compte tant pour moi, et vous venez me parler de 24 heures!
En fait, en regardant profondément à l'intérieur, vous verrez que pour la plupart, nous ne redoutons pas la mort. Nous craignons de ne pas avoir vécu la vie que nous voulions, nous nous sentons inaccomplis : de là vient la peur de la mort!
Faire sans cesse des compromis pour le bien des autres, essayer de vivre une vie qui ne nous semble pas naturelle, entrer dans le moule que la société a préparé pour nous… rien d'étonnant si nous nous sentons inaccomplis au bout du compte!
La peur de la vie est ce qui se reflète dans la peur de la mort.
Quand on a vécu le plus profondément possible, à sa pleine satisfaction, on n'a pas peur de la mort. Vivez sans peur.
Vivez votre individualité la plus profonde.
Vivez pour votre complète satisfaction.
Vous perdrez votre peur de la mort.
J'ai entendu parler d'un Swami illuminé qui avait une série de pendules dans sa chambre, chacune indiquant une heure différente. Ces pendules en disaient long sur l'arbitraire du temps! Lorqu'on lui en parlait il répondait, rieur :
Le temps n'est pas mon maître. C'est moi le maître! Selon l'heure que je veux, je choisis simplement l'horloge qui l'indique.
La nuit précédant sa mort (il avait prédit qu'il quitterait son corps le lendemain matin), le swami demanda à tous ses disciples de s'assembler autour de lui et de chanter des kirtans, ou hymnes. Un des chanteurs montrait quelque arrogance quant à ses capacités musicales. Comme de coutume, le Swami nota quelque chose sur un bout de papier et et le lui fit passer. Le disciple, flatté, crut qu'il s'agissait d'une demande d'un chant particulier. Mais quand il déplia le mot, il vit que le Swami avait écrit : S'il te plait, ne chante pas après ma mort! Vous imaginez? Même sur son lit de mort il était d'humeur à plaisanter et à piquer!
Tard cette nuit-là, il donna des instructions à ses disciples pour qu'ils prenent soin des orphelins qui vivaient à l'Ashram. Demain surtout, vous serez tous occupés à preparer mon incinération. Mais n'oubliez pas la nourriture de ces enfants! ordonna-t-il. Jusqu'à la dernière minute, sa préoccupation allait aux gens qu'il quittait.
Le lendemain matin, à l'heure précise qu'il avait annoncée, il leva les mains en namaskaar à tous, et elles retombèrent. Voilà - comme une pièce de théâtre.
Quelle façon courageuse, calme et belle, de faire face à la mort!
C'est ainsi que nous devrions tous affronter la mort. Ramana Maharshi avait créé une technique de méditation à partir de sa propre expérience de la mort. Alors que Ramana était jeune garçon, il était allongé un jour sur son lit chez son oncle à Madurai.
Soudain il eut l'impression qu'il allait mourir! Il sentit que la mort venait sur lui.
Il avait deux possibilités - soit résister à la mort, soit l'accepter. En géneral les gens résistent, et ils passent alors dans le coma avant de quitter leur corps. 99% quittent le corps dans un état d'inconscience. Quoique dès l'instant de la naissance nous savons que notre vie culminera par la mort, nous n'essayons jamais de la visualiser, d'en actualiser la possibilité. Au moins une fois, si vous la traversez en toute conscience, vous perdrez automatiquement votre peur. Ramana fut assez courageux pour choisir la deuxième voie. Il alla dans le sens de la sensation, il laissa venir la mort. Il décida de voir ce qui allait arriver.
Il arriva en fait quelque chose qu'il n'avait pas espéré : il vit clairement la mort de son propre corps. Mais mieux encore, il réalisa que quelque chose demeurait même après la mort, quelque chose d'indestructible. Cette connaissance ne le quitta jamais.
Conquérir la peur de la mort, c'est conquérir la mort elle-même. Car la mort n'est qu'un produit de plus de l'imagination! Tout comme dans Muladhara, notre avidité
nous fait imaginer le monde plus beau qu'il ne l'est en réalité, et ici c'est notre peur qui nous fait croire la mort plus effrayante qu'elle ne l'est réellement.
Nos lunettes d'avidité et de peur nous cachent la réalité. En faisant l'expérience psychologique de la mort, vous libérez l'énergie bloquée dans Swadishthana par la peur de la mort. Quand Swadishthana s'ouvre, la qualité de la vie change complètement. Par votre capacité d'accepter la mort, votre capacité d'apprécier la vie est transformée. Mais si je vous dis tout cela maintenant, il vous sera impossible de l'accepter.
Une petite histoire:
Un médecin avait promis à un aveugle de naissance de lui rendre la vue.
Après cette opération, vous verrez! Vous n'aurez plus besoin de votre canne! assura le docteur à l'homme. En entendant cela, l'aveugle prit peur. Je comprends que je verrai, Docteur. Mais comment pourrai-je marcher sans ma canne?
Comment expliquer à un aveugle qu'une fois sa vision revenue il n'aura tout simplement plus besoin de canne. Pour le moment il a trop peur. Tout ce qu'on peut faire, c'est l'opérer, et le laisser voir par lui-même. Et alors il jettera la canne tout seul! De même, si je vous répète sans cesse que votre Soi est
immortel, que seul votre corps dépérit, vous vous accrocherez toujours, par peur, à vos propres idées. C'est parce que vous n'avez pas vécu cette expèrience! Certaines techniques de méditation guidée peuvent vous faire vivre l'expérience de votre propre mort. À moins d'avoir vécu votre mort au moins une fois avec un peu d'imagination, la mort restera pour vous un effrayant mystère. C'est vu?