41. L'absence de choix est un attribut des êtres illuminés
# L'absence de choix est un attribut des êtres illuminés
Même les incarnations ont besoin d'être dans une ambiance adéquate à mesure que leurs corps terrestres grandissent.
Saradananda déclare dans la biographie de Ramakrishna:
Toutes les mémoires des vies antérieures existent-elles chez l'incarnation depuis son enfance ?
L'auteur des Puranas répond: bien qu'elle soit toujours à l'état latent chez l'incarnation, ces mémoires ne se manifestent pas toujours lors de l'enfance. Cependant, à mesure que le corps et l'esprit de l'avatar deviennent matures, sa mémoire se réveille sans effort.
Le lieu, l'atmosphère et l'éducation doivent épauler et inspirer l'enfant afin que ses qualités s'épanouissent harmonieusement. L'Existence Divine, Parasakti, prépare leur arrivé et leur adaptation sur la planète Terre en fonction de la mission qu'elle a déterminée pour eux. Les évènements semblent se manifester au hasard, mais ne sont en fait, jamais le fruit du hasard. Chaque évènement à une corrélation avec un autre, et leur séquence est presque préprogrammée.
Ironiquement et contrairement à ce que l'on croit, nous autres simples mortels, disposons indiscutablement du libre arbitre de choisir notre voie. Nous rencontrons tous plusieurs bifurcations dans notre vie, et il est de notre ressort de choisir la voie que nous voulons traverser. Les évènements se développent en fonction de ce que nous choisissons et de comment nous choisissons.
Dans le cas des êtres illuminés, il existe un élément de non choix qui fait partie du lot divin. Ils ne font que suivre la volonté de l'univers
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dans un esprit de non pensée et d'abandon total. A cause de cela, tous leurs désirs, même quand ils prennent naissance dans la couche causale de leur corps énergétique, sont immédiatement réalisés. Tous les mots qu'ils profèrent sont vrais et deviennent vrais.
Ceux qui ont passé un peu de temps avec Paramahamsa savent très bien qu'après avoir écouté le problème de quelqu'un, il déclare 'Je m'en occupe', et le problème est résolu immédiatement. Tout ce que le maître fait, dit-il, c'est transmettre le problème à Parasakti, la Mère universelle afin qu'elle en prenne soin. Cela est un fait.
Lorsque des incarnations telle que Paramahamsa arrive sur la planète Terre, ils sont libres de tout samskara et déjà proches de l'illumination. Pour cela, il leur suffit juste de lâcher la qualité satvic– l'état de calme et de détachement élevé représentant un état d'évolution spirituel – avec laquelle ils sont nés. L'illumination se produit, elle ne peut être forcée à se manifester. L'illumination est comme l'eau d'une rivière. Elle reste entre vos mains tant qu'elles sont ouvertes, une fois que vous les refermez pour la posséder, elle disparaît.
Paramahamsa dit que nous sommes tous illuminés, nous sommes tous nés avec la divinité en nous. C'est la conscience de cette divinité en nous qui manque à la plupart d'entre nous. 'La seule différence entre vous et moi' déclare t-il, 'c'est que je sais que je suis divin, alors que vous n'avez pas encore conscience que vous l'êtes également.' Nous n'avons pas besoin de réaliser cette vérité, car elle existe déjà en nous, il nous faut simplement en devenir conscient, c'est tout.
La béatitude, le résultat de cette conscience, l'illumination, est un non choix. La félicité sera simplement absente si nous essayons d'en faire un choix. Si nous pouvons comprendre le caractère sans but de la vie comme faisant partie du grand plan de l'Existence, nous pouvons et pourrons atteindre l'illumination et faire l'expérience de la félicité.
Notre ego croit qu'il y a un but dans la vie –matériel, relationnel et spirituel. Plus nous avons de buts qui nous poussent à travailler, plus notre ego devient conséquent. Mais lâcher tout but et ne garder comme objectif que l'illumination est un acte futile. Ce n'est que
lorsque nous réalisons que la vie est complètement sans but et lâchons notre ego que l'illumination se manifeste.
Même quand nous procédons d'une façon logique, quel est le but de l'existence ? Dieu qui à tout crée, jungles incluses , n'aurait-il pas pu aussi créer des jungles de béton et des villes ? Le seul but de l'existence est la félicité, c'est tout.
Comment pouvons-nous être satisfaits sans posséder quoi que ce soit, sans œuvrer à faire quoique ce soit ? Nous sommes comme des bulles sur une vague de l'océan. Mais ce qui se passe, c'est que chaque bulle s'accroche un peu plus à quelques autres bulles que l'on nomme épouse, mari, père, et fils. Elle collecte des grains de sable, pensant avoir à faire à des bijoux. La bulle ne comprend pas qu'elle peut exploser à n'importe quel moment. Tout à coup, une grosse bulle dit qu'elle va atteindre l'illumination. C'est exactement ce qui se passe en nous.
C'est quand nous sommes prêts à digérer la vérité que tout est sans but, matériel, relationnel, spirituel, que la vie prend tout son sens. Dès l'instant que nous avons un but, nous ratons la voie.
L'esprit attend que quelque chose se produise. Il attend un salaire hebdomadaire, mensuel, annuel, et 5 paiements annuels. Si quelqu'un nous offre 100 années de salaire et nous demande de mourir demain, allons-nous accepter de mourir ? Quand nous mesurons la vie en terme d'argent, nous réduisons notre esprit à l'état de matière. Notre ego est bloqué par ce que nous voyons et considérons être le but de la vie. Nous disons, 'Après avoir réglé mes responsabilités sociales, je viendrai à vous, Swamiji, et entreprendrai le parcours spirituel.'
Une personne âgée vint voir Paramahamsa avec son fils, souhaitant emmener ce dernier à l'ashram pour qu'il devienne brahmachari, un étudiant spirituel. Paramahamsa fut surpris, la plupart du temps les parents ne veulent pas que leurs enfants deviennent sanyasi. Vivekananda est vénéré et admiré par tous, mais personne ne souhaite voir son propre fils devenir un Vivekananda ! Ils se demandent comment leur fils ou leur fille peuvent être dans une
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telle félicité, alors qu'ils n'ont jamais eux-mêmes pu en faire l'expérience.
Paramahamsa lui demanda pourquoi elle désirait que son fils soit à l'ashram. Elle répondit que son fils était retardé mentalement.
Paramahamsa rétorqua: 'Amma, je dirige un ashram, pas une clinique psychiatrique !'
Nombreuses sont les raisons qui nous empêchent de faire les choses. A peine avons nous remplis une responsabilité, que dix autres nous attendent. Courir devient notre conditionnement, nous ne savons pas comment nous détendre. Durant notre jeunesse, nous nous disons que nous nous détendrons après l'université, puis nous changeons d'objectif et nous tournons vers le mariage, ensuite nous faisons des enfants, puis nous pensons à leur éducation, puis nous pensons à leur mariage. A la soixantaine, nous avons raté la voie ! Qu'allons-nous apprécier alors ?
Le premier des péchés que nous commettons est rater le sens de la vie en poursuivant des objectifs inlassablement. Quand nous vivons, permettons à notre être d'être dans la félicité, lorsque nous commençons à nous précipiter pour faire des choses, réfléchissons un peu au pourquoi de cette course, ne permettons plus à l'agitation de s'inscrire profondément en nous, espérant qu'elle va disparaître par elle-même, cela n'arrivera jamais. Si nous ne sommes pas capable de nous détendre ici et maintenant, nous éprouverons toujours de l'insatisfaction même après avoir terminé toutes nos responsabilités. A chaque fois que nous courons, à chaque fois que nous nous précipitons, demandons nous donc 'pourquoi' et 'dans quel but'.
Il se peut que nous possédions de grandes maisons, que nous conduisions de grosses voitures, et que nous soyons entourés de personnes nous louant constamment. Est-il possible d'emmener notre carnet de chèque dans l'au-delà ? Non. Toute cette course n'a pas de but en soi.
La guérison intérieure se manifeste quand nous comprenons le caractère aléatoire de nos activités.
Nous guérirons même si nous avons été abusés. Cette compréhension toute simple va nous guider
Certains peuvent demander, 'C'est quoi cet enseignement ?' 'Toute ma vie je me suis fixé des objectifs, et ma vie a été parfaite. Maintenant vous dites que tout cela est sans but.' Mais que nous l'acceptions ou non, c'est la vérité'.
Voir un maître illuminé est un rêve. Les écritures déclarent: A partir du moment où l'on voit un maître illuminé, on devient illuminé. Voir le maître et le regarder sont deux choses bien différentes. Regarder est ce que nous faisons la plupart du temps. Regarder, s'effectue avec les yeux, voir, s'effectue avec l'être. Plus nous nous approchons du maître, plus notre compréhension le concernant change. Notre maturité nous permet de le voir différemment. L'absence de but ne signifie pas déclarer simplement, 'Je sais maintenant que la vie est sans but. Je ne veux plus aller travailler. Je ne veux pas prendre de vacances.' Cette compréhension est erronée. Dès que vous avez compris le sens de l'absence de but, il vous devient impossible d'être paresseux. Tamas (la paresse) ne peut provenir de l'intelligence. Il se peut que vous restiez dans votre lit pendant deux jours sans vous lever. Mais le troisième jour, quand vous vous réveillerez, vous serez une personne complètement différente, libre de toute agitation. L'agitation est un monstre que l'on conquiert quand on comprend l'absence de but de la vie.
L'agitation nous cache l'absence du but, elle cache la voie et le but. Si nous pouvons comprendre cela, nous allons être guéris. Tous nos rêves concernant le futur, toutes nos culpabilités passées vont disparaître, toutes les joies éphémères ainsi que les souffrances s'envoleront.
Nous avons mentionné plus tôt le saint de Tiruvannamalai, Visiri Swamigal ou encore Yogi Ramsuratkumar. Il était aussi innocent qu'un enfant. Toutes les fois que les gens lui rendaient visite, peu importe leurs problèmes, il réagissait en disant, 'Très bien'. Si quelqu'un lui disait, 'J'ai perdu un proche Swami,' il répondait 'Très bien', si quelqu'un lui disait, 'Mon fils va se marier Swami,' il répondait 'Très bien'.
Un jour, Paramahamsa lui demanda, 'Swami, pourquoi réponds-tu tout le temps très bien à tout ?' Il lui répondit, 'Tout est simplement sans but. Tout ce qui selon toi à un but n'a en fait aucun sens, donc, tout est parfait.' A chaque fois que nous nous rappelons de cette vérité, c'est à dire l'absence de but, la guérison s'opère, la souffrance disparaît.
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Chercher la vérité et l'illumination nécessite du courage. La vie prend une nouvelle direction. Nous allons vivre comme des âmes libérées. Nous ne laisserons jamais tomber notre travail, nos relations personnelles ou notre richesse. Nous ne laisserons tomber que ce que nous n'avons pas. Nous laisserons tomber les associations mentales et les émotions attachées aux objets et aux évènements. Nous laisserons tomber nos fantasmes d'être assis sur un trône et commencerons à apprécier notre humble siège. Le statut n'aura plus de sens et notre propre état intérieur sera ce qui compte désormais. Quand nous lâchons prise sur le but, le sens véritable se manifeste.
La voie de Paramahamsa vers l'illumination ne fut pas sans défis. Comme nous l'avons déjà mentionné, sa toute première expérience spirituelle s'est produite vers l'âge de douze ans. Cependant, 10 années passèrent avant l'illumination. Paramahamsa dit aujourd'hui que s'il avait tout lâché, cela aurait probablement pu se produire plus tôt. Ses luttes et les pratiques rigoureuses ont peut être retardé ce qui aurait pu avoir lieu plus tôt.