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37. Dieu comme ami

# Dieu comme ami

Paramahamsa dit:

'L'illumination n'est pas une fin en soi. Elle n'est que le commencement d'un voyage spirituel. Elle est le seuil d'une voie bien plus longue, et non une destination finale'.

Nous avons parlé des incarnations dans les pages précédentes. Les esprits illuminés, qui n'ont plus besoin de renaître en raison de leurs samskara accumulés, continuent de se réincarner sur la planète Terre. Ils n'ont pas besoin de renaître, contrairement au commun des mortels, car ils ont dissous tous leurs vasana, samskara, ainsi que leur karma. Comme nous l'avons mentionné précédemment, nous transportons nos désirs ainsi que nos comportements mentaux basés sur nos actions passées et cela nous plonge sans relâche dans le cycle de vie et de mort. Une fois que ce poids karmique est détruit, l'illumination résulte et ce cycle cesse.

Un être illuminé n'a plus de naissances automatiques.

Il existe des êtres vivants intelligents comme les êtres humains sur d'autres planètes que la Terre dans plusieurs endroits de notre Univers. Cependant, ce n'est que sur Terre qu'un être conscient peut évoluer vers l'illumination qui est l'état de super Conscience. Les êtres illuminés y reviennent sous forme d'incarnations, en fonction des besoins exprimés par Mère Terre. Ils sont comme rappelés, leur énergie est aspirée de nouveau par le besoin urgent de leur présence sur cette planète. L'énergie spirituelle positive des êtres illuminés est nécessaire pour contrecarrer la négativité planétaire. C'est dans ce contexte que Krishna annonce dans la Bhagavad Gita:

'Je prendrai naissance sur cette planète Terre au cours des âges, afin de protéger le bon et détruire le mauvais.'

Les être illuminés ne disposent pas du tout du libre arbitre. Nous, au contraire, simples mortels, disposons de ce libre arbitre et l'utilisons. C'est l'ironie du sort. Les êtres humains ont le choix de faire ce qu'ils veulent, et d'accumuler des fardeaux de samskara et de karma basés sur les actions provenant des choix qu'ils font. C'est de cette façon que la nature nous rend responsable de nos actions. Une fois que nous évoluons spirituellement, nous comprenons mieux la joie et la liberté que nous procure l'abandon à l'univers. En abandonnant ce choix du libre arbitre, (ou ce que nous pensons être la liberté), nous acquérons la vraie liberté, la vraie libération. Abandonner notre libre arbitre au divin est la dernière étape dans le processus de l'illumination.

Shiva apparaît sous forme humaine

Cet abandon du libre arbitre est total chez l'être illuminé. C'est un abandon et une acceptation intellectuelle de la vérité, que la divinité réside en nous, que notre vraie nature est divine. De surcroît, c'est accepter émotionnellement que le divin soit en nous. La compréhension ne se fait pas seulement intellectuellement, mais aussi à travers une identification profonde d'amour avec la divinité qui se trouve en nous.

Finalement, les sens s'abandonnent et acceptent totalement la réalité comme elle est et non de la manière que notre esprit souhaiterait que nous interprétions la réalité. A ce niveau, on devient capable de percevoir le sans forme au delà de la vision de la forme, et l'on conçoit le sans forme comme étant le divin. A ce stade, on évolue et suit le flot de l'univers comme l'univers l'entend, sans désirer de libre arbitre.

Les être illuminés ont déjà tout abandonné à l'univers: leur intellect, leur émotion ainsi que leurs sens. Ils n'ont plus la liberté de faire ce qu'ils veulent. Tous ce qu'ils font est dirigé par l'univers, par le divin. Les êtres illuminés sont pleinement conscients de leur propre divinité

intérieure et cette conscience dirige chacune de leurs actions. La mission de leur vie est dictée par l'intelligence universelle.

Le maître nous dit souvent:

'Pour vous tous, 'Dieu' n'est qu'un concept et le 'je' est la réalité. Selon moi, 'Dieu' est la réalité, Dieu est une véritable expérience et le 'je' un simple concept qui n'est pas réel.'

La première prise de conscience de sa propre nature intérieure, sa première expérience avec son être incarné, et la première révélation de la mission de sa vie, se passa quand Paramahamsa rencontra Arunagiri Yogiswara, alors qu'il avait à peu près neuf ans. A l'intérieur du temple d'Arunachala à Tiruvannamalai, à l'arrière du bâtiment principal qui abrite le reliquaire de la déité Arunachaleshwara, est situé le jiva samadhi, la tombe d'Arunagiri Yogiswara.

Arunagiri Yogiswara est considéré être une incarnation du Seigneur Shiva en personne. Sans savoir pourquoi, enfant, Paramahamsa était attiré par le lieu du jiva samadhi d'Arunagiri Yogiswara et commença à passer beaucoup de temps là-bas dans le temple d'Arunachala. Paramahamsa avait pour habitude de s'asseoir en face du jiva samadhi d'Arunagiri Yogiswara.

Un jour, alors que Paramahamsa était assis dans ce lieu, il vit un beau jeune homme apparaître d'un coin du jiva samadhi. Il s'avança vers lui et commença à lui parler. Paramahamsa trouva qu'il était différent des autres ascètes qu'il avait l'habitude de rencontrer autour du temple. Bien qu'il portait également une robe safran autour de la taille, comme la plupart des ascètes, le jeune homme semblait vraiment différent, il était distingué et bien bâti. Il avait de longs cheveux lâchés, portait une guirlande de graines de rudraksh autour du cou (perles sacrées portées par les ascètes et les mendiants), et son front était couvert de vibhuti basma (de la cendre sacrée de couleur blanche).Paramahamsa ne se rappelle plus du sujet de leur conversation, mais l'échange lui laissa une expérience de béatitude très profonde et créa en lui un désir de vouloir rencontrer ce jeune homme de nouveau. Alors qu'il s'apprêtait à partir, Paramahamsa lui demanda s'il pouvait le rencontrer de nouveau, si oui, quand. Le jeune homme répondit, 'Viens ici aussi souvent que tu le désires, appelle-moi si tu veux me voir et me parler, je viendrai à toi.'

Paramahamsa commença à venir sur ce lieu sans jamais manquer un seul jour. Dès qu'il atteignait le jiva samadhi, il appelait, 'Swami, Swami' et le jeune homme apparaissait avec un grand sourire. Paramahamsa s'oubliait en lui parlant. C'est comme s'il était une partie de lui-même. Il se retrouvait rempli de félicité et se sentait à l'aise en sa présence. Ils parlaient pendant des heures chaque jour. Comme très peu de gens venait dans cette partie du temple, ils étaient seuls la plupart du temps.

Paramahamsa lui demanda comment il s'appelait. Le jeune homme lui répondit qu'il s'appelait Arunagiri Yogiswara. Paramahamsa, à cette époque, n'avait pas reconnu le nom et n'avait aucune idée de qui cela pouvait bien être. Arunagiri Yogiswara devint son héro, son idole et une source d'inspiration Paramahamsa était convaincu qu'Arunagiri Yogiswara était ce qu'il voulait être quand il atteindrait l'âge adulte. Tout à propos de ce jeune homme était magnétique et enchanteur.

Son attachement pour le jeune homme était si fort qu'il s'impatientait de le retrouver le matin suivant. Il se levait très tôt et quittait le domicile familial sur le champ pour se rendre au temple, au jiva samadhi. Ce qui attira la curiosité de sa mère qui lui demanda alors pourquoi il quittait la maison si tôt, sachant qu'il n'était pas très amoureux de l'école. Il lui répondit qu'il devait assister à des cours particulier. Ce que Paramahamsa ressentait en la présence du jeune homme était une joie de l'esprit indescriptible.

Plus tard, alors qu'il s'adressait à nous, le maître fit la description de son expérience avec Arunagiri Yogiswara, utilisant la métaphore de deux oiseaux, tirée de Mundaka Upanishad, une ancienne écriture Hindoue:

Section 2

Deux oiseaux étaient assis sur les branches d'un immense arbre chargé de fruits. Chaque branche était recouverte de fruits. Un des oiseaux était de couleur dorée, son plumage était magnifique. Cet oiseau serein et calme était perché silencieusement sur l'une des branches du sommet de l'arbre, qui portait très peu de fruits. Il restait là sans bouger la plupart du temps, immobile, sans montrer quelque intérêts pour les fruits qui se trouvaient autour de lui. L'autre oiseau était bien plus petit et avait plus d'entrain, en fait, il n'arrêtait pas de bouger et se déplaçait d'une branche à l'autre à la recherche de fruits.

Alors, il leva les yeux et vit l'oiseau serein au plumage doré perché au dessus de lui, assis en silence, calme et détendu. Cet oiseau semblait illuminer l'arbre complètement. Le petit oiseau s'envola en direction de l'oiseau doré afin de l'observer. Alors qu'il s'élevait, il aperçut des fruits juteux, et s'arrêta pour s'en délecter. Les fruits étaient vraiment juteux et riches en saveur, alors il s'arrêta pour en manger d'avantage. Puis il tomba sur des fruits amers, puis sur des fruits acides, et commença à se sentir las. Il regarda de nouveau en direction de l'oiseau au plumage doré, calme, heureux, et détendu. Il continua alors son ascension.

Finalement, il atteint le sommet où était perché l'oiseau doré. Il scruta l'oiseau et eut le souffle coupé en découvrant que l'oiseau doré n'était rien d'autre que son propre Soi. Il se rapprocha d'avantage, ce qui le rendit plus heureux et plus détendu. Le petit oiseau ressentit une connexion profonde avec l'oiseau de couleur dorée. C'était l'amour, non pas tomber amoureux, mais s'élever en amour. Très vite il perdit son identité et se fondit dans l'oiseau doré.

Les sentiments de Paramahamsa étaient similaires bien qu'il ne pu les décrire comme dans les Upanishad à cette époque. C'était comme si il se voyait lui-même, son propre Soi, à travers ce jeune homme, qui ne lui semblait plus être étranger.

Arunagiri Yogiswara fut la première personne qui aida Paramahamsa à développer une expérience consciente de lui-même. Grâce à leurs discussions, il lui permit de regarder au delà de son Soi extérieur. Bien qu'il n'était encore qu'un enfant, Paramahamsa se senti poussé à regarder à l'intérieur et explorer plus profondément son existence, sans vraiment savoir pourquoi ni comment.

Paramahamsa commença à errer autour d'Arunachala avec Arunagiri Yogiswara, qui le fit visiter des lieux qu'il n'avait jamais visités auparavant. Un jour, ils atteignirent un point qui semblait être une voie sans issue, il semblait n'y avoir aucun chemin au-delà de ce point. Cependant, ils continuèrent à avancer, et un nouveau passage semblait s'ouvrir devant eux à mesure qu'ils avançaient, ils poursuivirent leur progression. Un peu plus loin, ils virent un énorme arbre banyan. En se rapprochant, ils virent plusieurs personnes âgées assises sous l'arbre.

Paramahamsa et Arunagiri Yogiswara atteignirent finalement l'arbre, et s'assirent parmi les gens qui étaient déjà rassemblés là. Ils accueillirent le jeune homme avec amour et égards. Arunagiri Yogiswara présenta l'enfant à tous les autres membres et ils semblèrent tous ravis de faire la connaissance du jeune garçon. Ils portaient tous des robes de couleur safran identiques à celles que portait Arunagiri Yogiswara. Tous les anciens s'assirent autour d'Arunagiri Yogiswara qui était bien plus jeune, et ils l'écoutèrent respectueusement, comme des disciples le feraient aux pieds d'un maître. A sa grande surprise, Paramahamsa ne se senti point mal à l'aise parmi tous ces gens bien plus âgés que lui, il fut traité sur un pied d'égalité. Pour la première fois, Paramahamsa ressentit la pure beauté des robes de couleur safran et désira vivement en porter une lui-même.

Il demanda à Arunagiri Yogiswara s'il pouvait lui aussi porter une de ces robes. Arunagiri Yogiswara lui en remit une, identique à celles que portaient les autres, et il l'enfila immédiatement. Paramahamsa garde précieusement cette robe qui lui fut offerte il y a des années de cela sous le banyan. Cette robe, qui se trouve maintenant à l'ashram de Bangalore, prouve que tout cela s'est bien passé et que ce n'était pas un rêve ni le fruit de l'imagination du jeune garçon.

'Quel est cet endroit, où sommes-nous ?' demanda-t-il au jeune maître. Arunagiri Yogiswara lui dit que c'était son ashram, sa maison, l'endroit où il enseignait. Paramahamsa lui demanda, 'Alors, comment peux-tu te rendre si vite à la tombe du temple quand je t'appelle.' Arunagiri Yogiswara lui dit, 'C'est n'est pas un problème, je peux t'atteindre rapidement.'

Ce soir là, Arunagiri Yogiswara ramena le garçon au temple. Paramahamsa continua à lui rendre visite quotidiennement. Il ne trouvait rien d'extraordinaire à propos de ce jeune homme, qui était un professeur et un ascète, un yogi, qui semblait être en quête de spiritualité. Pour lui, Arunagiri Yogiswara n'était qu'un autre ascète, plus jeune et avec lequel il pouvait communiquer avec aise. Il prit la robe qu'on lui avait donnée, et la garda consciencieusement avec ses autres vêtements à la maison. Quelques temps plus tard, sa mère remarqua la robe parmi ses vêtements. Elle voulait savoir d'où elle venait et qui lui avait donné. Il lui expliqua qu'un jeune yogi qu'il avait rencontré au temple le lui avait offerte. Quelques jours plus tard, il montra la robe à Kuppammal, son mentor. Elle lui posa la même question. Il répondit qu'Arunagiri Yogiswara la lui avait offerte.

Kuppammal fut prise au dépourvu. Elle rétorqua que Yogiswara ne lui aurait jamais donné une telle robe à moins de l'accepter en tant que disciple. Elle se demanda où et comment le garçon l'avait rencontré. Paramahamsa lui dit qu'il le rencontrait régulièrement à l'arrière du temple. Kuppammal avait le sentiment qu'il ne lui disait pas tout. Alors elle lui demanda de l'emmener à ce lieu et de lui présenter Arunagiri Yogiswara.

Innocemment, Paramahamsa l'emmena là où il rencontrait normalement Arunagiri Yogiswara et l'appela, 'Swami, Swami'. Cependant, il n'y eut point de réponse cette fois. Normalement, il apparaissait aussitôt qu'il l'appelait.

Kuppammal se moqua de la gêne du garçon. Elle lui demanda, 'Comment veux-tu qu'il apparaisse ? D'où veux-tu qu'il sorte ? Personne ne peut rester dans un si petit endroit. Montre-moi !' Le garçon s'avança là ou Arunagiri Yogiswara surgissait habituellement, qu'il pensait être l'entrée d'une petite grotte. Il ne trouva aucune entrée, aucune ouverture à cet endroit. Il n'y avait qu'un bloc de pierre qui recouvrait l'entrée et ce qui se trouvait

derrière. Sur cette pierre était sculptée un visage qui ressemblait étrangement à Arunagiri Yogiswara, qu'il rencontrait tous les jours.

Choqué, confus, et effrayé, Paramahamsa commença à pleurer. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait. Kuppammal, contrairement à son habitude n'acceptait pas et ne comprenait pas ce que lui disait l'enfant, elle n'arrivait pas à comprendre, ni à accepter ce qu'il essayait de lui dire. Elle avait peut-être compris, mais elle ne pouvait accepter qu'elle avait compris, ni ne pouvait expliquer ce qui s'était passé. Paramahamsa pleurait à chaudes larmes.

Kuppammal demanda: 'De quoi avait-il l'air ? Que faisait-il ? Où t'as-t-il emmené ? Que racontait-il ? Combien de fois vous êtes-vous rencontrés ?'

Paramahamsa lui expliqua tout ce qui s'était passé. Comment Arunagiri Yogiswara lui était apparu en sortant de la tombe, comment il lui avait demandé de l'appeler toutes les fois qu'il le souhaitait, comment ils avaient l'habitude de se rencontrer tous les jours, comment il l'avait emmener dans des lieux divers, il mentionna l'arbre banyan, les anciens autour de lui, et tout ce dont ils avaient discuté.

Section 3

Kuppammal éclata en sanglots. Elle se prosterna devant l'entré scellée du tombeau et commença à se lamenter: 'Maître, tant de personnes attendent de te voir depuis si longtemps ! Tu n'es jamais apparu. Et pourtant, tu choisis de jouer avec ce garçon !'

Paramahamsa ne comprenait pas ce que disait Kuppammal. Il quitta la tombe très anxieux et amère et entra dans le temple. Il venait de perdre quelqu'un, quelqu'un dont il se sentait très proche, une amitié d'une valeur inestimable, il ne pouvait supporter le poids de cette perte. Son héros lui manquait. De plus, il ne comprenait pas pourquoi Arunagiri Yogiswara ne répondit pas à son appel alors qu'il lui fallait prouvé son identité à Kuppammal, et lui montrer qu'il ne racontait pas d'histoires. Il se sentit trahi.

Alors qu'il pénétrait dans le garba graha – le sanctuaire sacré – de la déité d'Arunachaleshwara, il vit Arunagiri Yogiswara assis à l'intérieur du sanctuaire, sur le Shiva Linga, il le vit assis à la place de la déité ! Il s'écria, 'Swami, Swami, tu es là, pourquoi ne t'es-tu pas manifesté quand je t'ai appelé au samadhi ? Kuppammal Patti (patti signifie grand-mère en Tamoule) dit que tu n'existes pas. Elle désir te voir.'

Le yogi se contenta de rester assis et sourit. Les prêtres, ne pouvant voir Arunagiri Yogiswara, pensèrent que le garçon avait perdu la raison. Ils ne comprenaient pas avec qui le garçon discutait, ni pourquoi il racontait toutes ces choses ! Ils le jetèrent hors du garba graha. Le garçon continua de crier 'Swami, sorts s'il-te plaît, sorts !'

Paramahamsa ne comprenait pas pourquoi le yogi ne répondait pas et ne sortait pas comme il l'avait fait jadis. Il rentra chez lui contrarié. Cette nuit là fut une grosse épreuve émotionnelle. A un certain niveau, il était en paix d'avoir vu le yogi lui sourire dans le sanctuaire sacré, ce qui signifiait qu'il ne l'avait pas perdu. Mais à un autre niveau, il était troublé car il ne lui avait donné aucune réponse.

Le garçon se demandait où était le problème. Avait-il eu tort de parler du yogi à Kuppammal ? Etait-ce sensé rester un secret entre eux ? Fallait-il que personne d'autre ne soit au courant ? Avait-il perdu son ami à cause de sa négligence, de son ignorance ? Le yogi était-il fâché ? N'allait-il plus jamais revenir le voir ?

Il sentit une douleur impitoyable, la douleur de perdre une partie de lui-même, il n'avait jamais fait l'expérience d'une telle douleur auparavant. Il sanglotait sans pouvoir s'arrêter. Paramahamsa pleurait la mort d'un ami. Il passa la nuit entière à agoniser, pensant qu'il mourrait au milieu de la nuit.

Le lendemain, de bonne heure, il partit en courant au lieu de leur rendez-vous habituel. Il s'assit devant le jiva samadhi et commença à se lamenter. 'Pourquoi ne sorts-tu pas ? Es-tu fâché avec moi ? Si j'ai commis une erreur, s'il te plaît pardonne-moi. Je ne peux pas vivre

Shiva apparaît sous forme humaine

sans toi, s'il te plaît, sorts, laisse-moi te voir, s'il te plaît parle-moi,' cria-t'il.

Tout à coup, Arunagiri Yogiswara apparut en face de lui, sous une forme complètement différente. Sa présence n'était plus de chair et d'os, il n'était plus dans l'enveloppe physique que le garçon voyait les fois précédentes. Il était sous une forme différente. Toute sa forme brillait telle une lumière, mystique et mystérieuse. Les pieds d'Arunagiri Yogiswara ne touchaient pas le sol. Il rayonnait, il était presque transparent.

Il esquissa un sourire tendre rempli de compassion et d'amour. 'Mon cher enfant, toi et moi ne formons qu'un. Nous ne pouvons jamais être séparés. Mais le jeu touche à sa fin. Je ne vais plus te manquer. Nous ne serons plus séparés l'un de l'autre. Nous ne faisons qu'un.'

Après avoir dit cela, la forme d'Arunagiri Yogiswara se fondit dans le jeune garçon et disparut de sa vue. A partir de ce moment là, Paramahamsa ne ressentit plus jamais de séparation entre lui et Arunagiri Yogiswara.

Il faisait partie de lui maintenant. Il sentit descendre sur lui une grande plénitude, une félicité totale. Il débordait d'amour, de compassion, de toutes les émotions positives à leur niveau le plus élevé.

Paramahamsa dit:

'Ce fut probablement la première expérience qui me fit réaliser qui j'étais vraiment. Ce fut ma première expérience spirituelle, ma première expérience de l'illumination. A partir de cet instant, plus rien ne me manquait. Tout ce qui me manquait dès lors fut l'idée de manquer de quelque chose.'

Ce n'est que bien plus tard que Paramahamsa se rendit compte que la personne avec laquelle il jouait, à laquelle il s'était attaché, cet Arunagiri Yogiswara n'était autre qu'Arunachala, Shiva lui-même. Quelques années plus tard, à son ashram de Bidadi, il rencontra de nouveau Shiva. Cette expérience sera décrite plus tard dans sa biographie.

Paramahamsa a toujours la robe que Shiva lui a remise, ainsi que toutes les mémoires qui lui sont associées. Il garda avec lui cette robe tout au long de son parivrajaka, alors qu'il errait, lors de son tapasya. Cette robe témoigne des choses merveilleuses qui se sont passées au niveau de son être, depuis l'enfance jusqu'à travers les différentes étapes de son illumination.

L'enfance de Paramahamsa se termina ce jour là. Sa démarche, sa façon de parler, ses interactions avec les gens devinrent plus matures, et plus en phase avec sa réalisation. A partir de cet instant, un sentiment de détachement, un sentiment d'être témoin des évènements s'installa en lui. Il se sentit complètement détaché des choses autour de lui, sans attentes sur ce qui devrait se passer. Une nouvelle conscience commença à briller à l'intérieur, ce qui indiquait clairement que tout ce qui se passait autour de lui était impermanent. Plus de clarté concernant ce qui est éternel et ce qui est éphémère était exprimé et expérimenté dans sa conscience.

Paramahamsa cessa de communiquer avec sa famille comme il le faisait auparavant et s'éloigna aussi de ses amis. Il n'éprouvait de plaisir qu'à communiquer avec les gens comme Kuppammal et les âmes spirituellement avancées. Il escaladait souvent la montagne d'Arunachala pour s'asseoir sur un rocher, juste pour être avec Arunachala. Après cette expérience, il n'eut plus le sentiment qu'Arunachala était une montagne, ni une pierre ou une statue. Selon lui, Arunachala était une énergie vivante.

Toutes les fois qu'il était dans une procession, il ressentait la proximité de son bien-aimé Arunagiri Yogiswara. Il se sentait fier, comme le ferait un enfant, de savoir que son père est une personne importante. Cela lui offrait l'opportunité de faire à nouveau l'expérience mystique, profonde et puissante qu'Arunagiri Yogishwara lui avait conféré.

Alors qu'il racontait cette histoire, Paramahamsa nous déclara, 'Mon langage du corps provient d'Arunagiri Yogishwara. Il ressemblait à ce que je suis maintenant.'