2. Le Rôle du Maître
# Le Rôle du Maître
Lorsqu'un maître apparaît dans notre vie et dévoile qui nous sommes, nous bêlons de terreur au lieu de manifester une gratitude profonde pour avoir reçu la vérité. Nous nous enfuyons le plus vite possible. Il affirme que nous ne sommes pas des êtres humains ordinaires cherchant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels cherchant une expérience humaine. Cependant, nous ne sommes pas prêts à le croire. Il devient alors l'ennemi, et non le sauveur. En effet, il devient le simha swapna, le cauchemar du lion et notre propre cauchemar. Nous croyons même qu'il va nous convertir à une religion exclusive ! Nous jouons à cache-cache avec lui.
Après l'avoir rencontré plusieurs fois, certains d'entre nous commencent à entrevoir qui ils sont et ce qu'ils pourraient devenir. Nous l'autorisons alors à jouer avec nous et commençons à nous sentir à l'aise en sa présence. Il se conduit comme l'un des nôtres afin de nous mettre à l'aise. Puis, un beau jour, lorsque notre confiance est stable, le maître nous saisit et nous montre qui nous sommes réellement. Son être et le nôtre sont identiques.
Son jeu-son lila, est une manifestation de sa compassion infinie. Cet amour est le seul amour inconditionnel sur cette planète. Le seul dessein de cet amour est de nous montrer qui nous sommes en vérité et de nous libérer de ce masque de mouton que nous portons encore aujourd'hui-révéler le lion qui est en nous, nous faire rugir au lieu de bêler, nous sortir de l'illusion hypnotique dans laquelle nous vivons jusqu'à maintenant. Le maître nous guide vers la réalité, vers la félicité, vers notre vraie nature.
Pour la plupart d'entre nous, ce processus est une opération douloureuse pour le psychisme. Nous préférerions plutôt rester
agréablement en compagnie de la forme de mouton que nous connaissons, plutôt que d'endurer l'opération, et de nous exposer à ce que nous pensons être les dangers qui accompagnent la réalisation de la forme du lion que nous sommes réellement. La tâche du maître est d'enlever les tumeurs cancéreuses qui entravent l'expression de notre être. Ces tumeurs constituent notre ego. C'est cet ego qui est l'identité que nous avons nous-même construite au fil de nos expériences passées. Il nous empêche de réaliser que nous sommes un lion. Mais notre mental résiste continuellement au travail du maître, car l'opération effectuée est parfois insupportable. Son travail est comme une opération qui enlève l'élément qui nous supporte. 'Pourquoi perdre cette identité ?' Notre mental résiste ! Nous nous disons en notre fort intérieur, 'Après tout, contentonsnous de ce que nous avons, contentons-nous de ce que nous sommes, même si le monde est une illusion ! Peu importe ! Cette
illusion est une drogue. Nous sommes plongés dans notre routine journalière, nous pleurons, nous rions, nous sommes joyeux, nous sommes déprimés. Les moutons ont l'avantage d'être mignons, et on les aime. Et de toute façon, qui veut être un lion ? Toute ma famille va s'enfuir en courant ! Et pourquoi vivre dans la félicité ? Et qu'est-ce que la félicité ?'
Le maître devient alors l'ennemi de ceux qui pensent de la sorte. Nous préférons garder le cancer que nous connaissons, plutôt que de développer le nouvel être dont nous ne savons rien.
Réaliser la vérité intérieure requiert du courage. Nous libérer des croyances, des conditionnements religieux et sociaux requiert un grand courage. Nous sortir de l'hypnose des liens qui nous enchevêtrent nécessite de la sagesse ainsi que de la détermination. Devenir un lion est une transformation physique et une alchimie mentale qui demande une motivation de chaque instant que tout le monde ne possède pas forcément, ou ne veut peut-être pas forcément posséder.
Le Maître Chirurgien
Faire confiance au maître nécessite du courage. Une fois que cette confiance éclot, elle se transforme au fil du temps en une acceptation et en un abandon total. Et ce n'est qu'à ce moment là seulement que nous sommes prêts à découvrir la vérité en nous-même. Ce n'est qu'à ce moment là que nous développons une conviction claire sur celle-ci.
Nous sommes tous des saints à l'intérieur
Ce que nous faisons dans la vie, notre statut social, n'a aucune prise sur la vérité fondamentale de notre nature intérieure. La nature intérieure d'un saint et d'un pécheur est intrinsèquement identique. La société nous colle des étiquettes pour des raisons pratiques. L'homme que l'on qualifie de 'pécheur' est potentiellement aussi apte à réaliser la vérité que l'homme qui se considère être saint.
Valmiki était un saint réputé de l'Inde ancienne. Il est l'auteur de l'un des plus grands récit épique Hindou, le Ramayana, qui est lu et apprécié non seulement en Inde mais également dans des régions du sud et sud-est Asiatique.
Valmiki fut un voleur qui devint saint. Narada, un grand dévot du Seigneur Vishnou-le Dieu protecteur de la trinité des Dieux hindous-était un troubadour. Narada voyageait de par le ciel en chantant le nom de 'Narayana', (un des 1008 noms de Vishnou). Un beau jour, il croisa le chemin de Valmiki qui était alors un voleur redouté. Valmiki l'arrêta promptement et lui demanda de lui livrer tout son argent. Narada était sans sous. Cela rendit Valmiki furieux. Il le menaça de le tuer s'il ne lui donnait pas immédiatement quelque chose de valeur.
Narada n'avait rien sur lui, excepté les simples habits qu'il portait et l'instrument à une corde sur lequel il jouait tout en chantant la grandeur du Seigneur Vishnou. Narada lui dit que la seule chose de valeur qu'il possédait était le mantra 'Narayana' qu'il répétait continuellement. Narada lui proposa de lui enseigner ce mantra qui lui donnerait le salut. Narada dit, 'Chante ce mantra. Ainsi, tu ne seras point seul quand tu mourras, le Seigneur sera avec toi.'
Valmiki ne fut pas du tout impressionné. Il rétorqua, 'De toute façon, je ne mourrai pas seul. Toute ma famille est prête à me suivre, je ne vis que pour eux. Je vole pour eux. Je n'ai nul besoin de ton mantra. Prépare-toi à mourir si tu n'as rien de valeur à me donner.'
Narada le supplia et lui dit finalement, 'S'il te plaît, va demander aux membres de ta famille lequel marchera avec toi jusqu'aux portes de la mort. S'ils disent, comme tu le crois, qu'ils partiront avec toi, alors reviens ici et tue-moi.'
Valmiki s'en alla en pavanant, après avoir reçu la parole d'honneur de Narada qu'il ne s'enfuirait pas. Valmiki rentra à la maison, et demanda à son fils chéri, 'Fils, lorsque ma mort viendra, m'accompagneras-tu dans l'au-delà ? '
Le fils fut surpris. Il dit, 'Non, bien sûr que non ! Tu es vieux, et tu as fait ton temps. Moi, j'ai encore toute la vie devant moi. Ne crois-tu pas que tu devrais me laisser vivre ?'
Valmiki fut bouleversé. Pourtant, sans manifester la moindre émotion, il alla vers sa femme dans la certitude qu'elle serait avec lui pour la vie, et lui demanda si elle l'accompagnerait au moment de la mort. Sa femme hésita et lui dit tendrement, 'Chéri, il faut bien que l'un d'entre nous reste ici pour s'occuper de nos enfants. Si tu pars et que je pars avec toi, qui prendra soin d'eux ?'
Valmiki s'approcha de ses vieux parents, et leur posa la même question. Ils refusèrent aussi de partir avec lui, ils voulaient encore vivre quelques années de plus.
Valmiki était en pleurs. Il retourna là où il avait laissé Narada, et lui raconta ce qui s'était passé en pleurant piteusement. Narada le réconforta, et dit, 'Personne ne viendra avec toi, tu n'emporteras rien, aucun membre de ta famille, aucun bien. Tu partiras seul lorsque la mort t'appellera. La seule chose qui t'accompagnera, c'est le souvenir du Seigneur.' Il l'initia alors au mantra 'Narayana'.
Il obtint la réalisation du Soi dès qu'il prononça le mot 'Narayana' et plongea dans un état méditatif profond, un état de samadhi, et resta dans cet état pendant plusieurs centaines d'années. Une fourmilière se forma autour de lui pour finalement le recouvrir, personne ne savait qu'il y avait quelqu'un sous cette
Le Maître Chirurgien
fourmilière. Lorsqu'il sortit de son état de samadhi et s'extirpa de la fourmilière, Valmiki était un sage illuminé. En sanskrit, Valmiki signifie 'fourmilière', et il est encore connu sous ce nom aujourd'hui.
En chaque pécheur existe un saint prêt à émerger. Le travail du maître est de faire émerger ce saint.
Le mécontentement conduit au maître
Il est facile d'avoir une relation désinvolte avec le maître, et de rentrer dans cette relation quand cela nous chante. Il est facile de venir au maître en prétendant que nous aimerions plus tard dans l'avenir passer du temps à plonger dans les profondeurs de notre être intérieur avec son aide. Nous nous disons que cela arrivera en son temps… Mais nous ne réalisons pas que le temps propice est maintenant.
Les gens attendent beaucoup de choses d'un maître. 90% d'entre eux en attendent des bénéfices matériels, tout comme ils l'attendent des déités qu'ils prient dans les temples. Au temple, nous devenons comme des mendiants. En fait, nous réduisons la valeur des déités que nous prions en mendiant de la sorte, en essayant de négocier des salaires et de faire de bonnes affaires. Nous leur demandons des biens et leur promettons un pourcentage sur les bénéfices reçus! Nous disons, 'J'ai besoin d'un million de dollars, si tu me l'accordes, je te donnerai 20% de cette somme. Si tu ne me crois pas, prends d'abord les 20% et donne-moi la différence !'
Les bénéfices matériels demandés peuvent aller des gains financier à la recherche de la guérison, ou à la mise au monde d'un enfant pour les couples sans enfants, jusqu'à la demande du salut. En fait, dans les temples, nous mendions. Et nous arrivons aux pieds du maître avec la même attitude.
Dans les deux cas, lorsque nous obtenons ce pour quoi nous mendions, nous réalisons trop tard que ce pour quoi nous mendions et ce que nous recevons sont, en fait, des choses dont nous aurions pu nous passer au niveau de l'être. Mais nous ne comprenons pas pourquoi nous avons ce sentiment, nous ne comprenons pas pourquoi nous n'avons pas encore trouvé la satisfaction et nous continuons alors à mendier d'autres objets matériels. Le cycle est sans fin.
Les êtres humains ne sont pas créés pour les plaisirs matériels seuls. Il existe en chacun un dispositif intrinsèque qui recherche l'état originel duquel nous provenons tous. Cet état est l'état de la divinité, l'énergie et l'intelligence universelle, qui maintient l'ordre dans tout le chaos qui semble nous entourer. C'est pour cette raison que nous ne rencontrons jamais la satisfaction-peu importe combien nous nous adonnons aux plaisirs des sens. Nous voulons toujours plus. La chose la plus étrange est que plus nous cédons à ces désirs, moins nous sommes satisfaits. S'adonner aux plaisirs des sens seuls est une forme de dépendance toute aussi insatisfaisante que n'importe quelle autre dépendance. Ce mécontentement profondément enraciné dans notre psyché, ce mécontentement face aux plaisirs matériels et aux plaisirs des sens qui sont notre seul lot, est à la racine de la quête spirituelle qui cherche une expérience plus élevée, une expérience plus enrichissante: une expérience spirituelle.
Peu de gens approchent le maître dans la perspective d'apprendre quelque chose au niveau spirituel ou intellectuel. En occident, la recherche d'un maître est vraiment un palliatif à 'la dépression de la réussite'. Cette dépression est une conséquence de la réussite matérielle qui n'arrive pas à satisfaire les besoins spirituels qui sont en chacun de nous. Les occidentaux essaient de faire face à cela en changeant constamment leurs biens matériels, ils changent de voiture tous les ans, de maison tous les deux ans, et d'épouse tous les trois ans ! Malheureusement, ils sont surpris de ne toujours pas trouver de satisfaction
Le Maître Chirurgien
En Inde, les gens viennent au maître à la suite de la 'dépression de l'échec', ils aspirent essentiellement à l'aisance matérielle. Ils ne sont pas du tout satisfaits de ne pas obtenir ce qu'ils désirent, alors, ils font tous les efforts possibles pour cela. La 'dépression de l'échec' est plus facile à résoudre que la 'dépression de la réussite'.
Beaucoup d'entre nous ressentons un mécontentement actif face à ce qui nous entoure, en terme d'éthique et de morale. Ce mécontentement, cette différence qui existe entre notre aspiration à un système de valeurs plus élevées et le système dans lequel nous nous trouvons, nous incite à agir activement dans un sens ou dans un autre.
Ce système de valeur auquel nous nous référons ici n'est pas un système de valeurs religieuses, éthiques ou morales comme celles qui sont créées par la société. Il se réfère aux standards de la conscience intérieure de l'individu, qui est la seule solution à tous les problèmes rencontrés dans le monde matériel. Seul l'avènement d'une conscience claire en chaque individu peut créer la paix et la félicité sur Terre.
Dans le monde de l'entreprise, tout comme des ballons gonflés à bloc, des chefs d'entreprise s'effondrent sous la pression de leurs responsabilités, se détruisant et détruisant les autres autour d'eux. Cependant, quelques uns arrivent à maintenir un équilibre malgré la pression exercée sur eux. Cette minorité est flexible comme le roseau légendaire des fables Taoïstes, qui se courbe sous la tempête et se remet en place une fois que le vent a cessé.
Avoir une perspective équilibrée de ses capacités personnelles, les utiliser en conséquence et, en retour recevoir ce que la vie veut bien nous offrir est sage. Mais nous courons aveuglément après ce que nous voulons qu'elle nous offre.
Le succès que nous atteignons dans la vie n'est pas seulement lié à nos aptitudes propres. Beaucoup sont plus intelligents, plus volontaires, plus dynamiques et responsables que nous, mais ils n'ont pourtant pas atteint le même niveau de réussite professionnelle et matérielle. Parfois, nous voyons autour de nous des intellectuels,
des gens sensibles et des gens spirituels qui réussissent bien mieux que nous matériellement et professionnellement.
Il existe un facteur qui dépasse nos dons ataviques, notre niveau d'étude et nos aptitudes innées, qui dépasse notre code génétique et tout le potentiel en soi qui contribue à la réussite matérielle et spirituelle. Est-ce le karma, la destinée ou bien un quotient spirituel qui peut mesurer notre évolution en terme spirituel ? Pourquoi suisje ce que je suis ? Où vais-je ? Quel est mon but ? Qui suis-je ?
Le désir de transcendance et de comprendre qui nous sommes guide beaucoup d'entre nous. Ce désir est comme une tension intérieure, et c'est cette tension qui nous pousse à chercher un maître. C'est cette tension créative qui nous ramène constamment aux pieds du maître, malgré les résistances du mental.
Paramahamsa est un maître spirituel libre de toute hypocrisie religieuse. Il s'adresse aux problèmes de la vie pratique tels que comment vivre la vie au jour le jour, d'heure en heure, de minute en minute, de seconde en seconde. Il ne cherche pas à convaincre à coup de dogmes religieux, mais convainc simplement par sa présence et son expérience de la vérité ultime, sa sagesse qui transcende son jeune âge et surtout, sa grâce et son énergie pure qui nous apportent la chaleur et la lumière dont nous n'avions jamais fait l'expérience auparavant.
Face à lui, nos questions s'évaporent. S'asseoir en silence à ses pieds est une méditation.
Il dit que le rencontrer n'est jamais un accident.
Rencontrer le maître est le but de la vie- dans l'absolu, rien dans la vie n'a de but en Soi.