10. Pourquoi un Paramahamsa a-t-il besoin de lutter s'il est déjà illuminé ?
# Pourquoi un Paramahamsa a-t-il besoin de lutter s'il est déjà illuminé ?
Puisque les Paramahamsa sont des êtres réalisés, pourquoi alors luttentils et pratiquent-ils des austérités dans la période qui précède leur illumination ?
La même question nous vient en tête dans le contexte de la vie de Paramahamsa. S'il était déjà illuminé depuis la naissance, lui était-il alors nécessaire de pratiquer un tel tapas (une discipline spirituelle intense), comme marcher pieds nus sur de grandes distances en ne mangeant quasiment rien et endurant moult tests.
Pourquoi ?
Il dit qu'il ne souffrit jamais. D'un point de vue extérieur, nous pourrions penser qu'il a dû supporter beaucoup de peines et nous pourrions voir ce processus de l'illumination comme extrêmement difficile.
Mais il nous faut comprendre qu'une incarnation apparaît sur cette planète complètement illuminée. Elle n'a aucune qualité ni attribut, appelé guna en Sanskrit, qui définisse son comportement. Les trois
Arunachala: l'Incubateur Spirituel
guna, ou attributs avec lesquels nous menons notre vie sont: sattva guna- l'état le plus élevé de calme et de détachement, qui dénote un état d'évolution spirituelle, rajas- un état d'agressivité active, qui est focalisé sur la réalisation de buts matériels, et tamas- un état d'inactivité passive, de paresse et de négativité qui conduit à un fonctionnement ineffectif en tant qu'individu.
Un être illuminé est au-delà de ces trois attributs. Cependant, de manière à pouvoir fonctionner sur la Terre dans un corps humain, il lui est attribué quelques propriétés de la qualité sattvic. Au bout d'un certain temps, ses disciplines spirituelles finissent par brûler ce guna sattvic également.
Cet attribut sattvic est le résidu de désirs nécessaires à l'incarnation pour agir dans ce monde, et il vient de paire avec l'esprit alors qu'il entre dans le corps. Ils constituent ce que l'on appelle le prarabda karma, même si l'être illuminé ne porte aucune vasana (qui est normalement à l'origine du prarabda karma) avec lui.
Voilà un exemple: vous ne pouvez rien tirer d'un or 24 carat. Il est trop pur et trop fragile pour être utilisé. Alors, il vous faut le mélanger avec du cuivre ou d'autres impuretés. C'est ce qui se passe dans le cas d'une incarnation, d'un Paramahamsa. Il est né avec l'attribut sattvic, un alliage, pour pouvoir vivre et survivre sur cette planète Terre.
Les vies de toutes les grandes incarnations présentent des similarités. Dans presque tous les cas, ces êtres sont nés dans un environnement social moyen, associé à un style de vie ni trop luxueux (qui pourrait divertir leur esprit), ni trop difficile (qui pourrait limiter leur potentiel). En général, ces êtres choisissent un environnement parental favorable à leur évolution spirituelle. Leurs parents, presque dans tous les cas, ont un penchant religieux, mais ils peuvent être récalcitrants face au choix de l'enfant de mener une vie d'ascète.
Tous les êtres incarnés grandissent avec un intérêt très marqué pour les affaires spirituelles. Leur nature est profondément dévotionnelle, ils sont curieux des vérités spirituelles depuis un très jeune âge, et
peuvent aller jusqu'aux extrêmes pour réaliser la mission pour laquelle ils ont été envoyés. Cependant, la conscience de leur propre illumination semble leur être cachée jusqu'au moment de leur 'réillumination', pour ainsi dire, jusqu'à ce que le résidu de leur guna sattvic soit complètement éliminé.
Chez le Paramahamsa, les actions découlent spontanément des désirs et des pensées qui n'existent que sous la forme de graines (connues sous le nom de bija karmas). Ces désirs émanent de leur corps causal. Nous avons tous sept enveloppes d'énergie autour de notre système corps-esprit. La première est l'enveloppe physique, la seconde est l'enveloppe du souffle, ou l'enveloppe pranique, la troisième est l'enveloppe mentale ou émotionnelle, la quatrième est l'enveloppe éthérique, la couche subtile qui héberge les centres énergétiques que sont les chakras, la cinquième est le corps causal. Si l'esprit le traverse, il ne lui est plus possible de revenir dans le corps. Les deux enveloppes finales sont les enveloppes cosmiques et nirvaniques. L'enveloppe nirvanique est l'état que les êtres illuminés atteignent.
Chez les êtres humains ordinaires, les désirs s'élèvent des couches inférieures, de la couche physique à la couche éthérique, certain de ces désirs sont apportés des vies passées, et se manifestent sous la forme de vasana, et la plupart des autres désirs se concrétisent sous forme d'actions, qu'ils exécutent durant leur incarnation présente. De manière générale, les désirs avec lesquels l'enfant est né sont ses désirs naturels, et l'enfant vient au monde avec l'énergie nécessaire pour les réaliser. C'est pourquoi Mahavira, le fondateur du Jaïnisme, dit, 'Chaque être humain est né sur cette planète avec l'énergie nécessaire pour pourvoir à ses besoins, personne ne sera privé de ses besoins s'il fait confiance à l'Univers.'
Vasana est l'attitude mentale qui crée les désirs, les samskaras sont les désirs déjà développés qui cherchent leur propre réalisation, et le karma est l'action qui en découle et qui est concrétisée. Dans leur ordre de développement, nous pouvons comparer une vasana à une graine, un samskara à une petite plante, et le karma à un arbre adulte. Ce qui est transporté de naissance en naissance à travers le processus de la mort est vasana- l'attitude mentale.
Arunachala: l'Incubateur Spirituel
Dans le cas d'une incarnation ou d'un Paramahamsa, aucun désir n'est apporté des vies passées puisqu'au moment de leur illumination qui eut lieu dans les vies précédentes, tous leur karma, samskara et vasana ont été dissous. Le Paramahamsa ne possède aucun de ces désirs ou mémoires et actions résiduelles, car tous ces vasana, samskara et karma sont détruits au moment de l'illumination. Cependant, comme nous l'avons vu auparavant, ces êtres sont pourvus de désirs minimes à la naissance afin de leur permettre de vivre sous forme humaine.
Chez un Paramahamsa, ces désirs infusés à la naissance s'élèvent du corps causal qui est le point de transition au delà duquel il n'est plus possible pour l'esprit de retourner dans le corps. La couche causale est un état de coma dans lequel le corps peut rester pendant une longue période. L'esprit a l'option de retourner dans le corps tant qu'il n'a pas quitté cette couche d'énergie. Les expériences de mort imminentes sont basées sur le voyage de l'esprit jusqu'à ce point.
Au niveau du corps causal, ces désirs chez les Paramahamsa portent avec eux l'énergie suffisante pour leur propre accomplissement. Ainsi, aussitôt que ces désirs et pensées s'élèvent, ils sont accomplis. Dès qu'elles sont réalisées, ces pensées s'effacent complètement, les désirs disparaissent et il n'en reste plus aucun résidu.
Par exemple, admettons que la pensée de manger s'élève dans le fort intérieur d'un Paramahamsa. Cette pensée porte l'énergie avec elle. Il y a de l'énergie dans sa pensée, l'énergie derrière cette pensée porte en elle l'accomplissement de cette pensée ou de ce désir. Alors il mange. Puis, la pensée disparaît.
Ensuite, la pensée de marcher apparaît. Il marche. C'est ce qui se produisait durant les années d'errance de Paramahamsa, son parivrajaka et ses pénitences spirituelles, son tapas. Les pensées et les actions se produisaient d'elles-mêmes, les pensées portant en elles l'énergie nécessaire à leur accomplissement, et disparaissant complètement au moment de leur accomplissement.
Section 2
Le Paramahamsa n'a pas de désirs empruntés ou acquis des autres. Leurs besoins et leurs désirs sont limités aux besoins de base qu'ils ont apportés à la naissance. C'est pourquoi ils restent purs. Ils n'ont pas d'attachement aux plaisirs matériels, car ils viennent avec la réalisation que tous les plaisirs matériels et les plaisirs des sens sont illusoires et impermanents. Ils ne dévient jamais de leur voie, ni ne sont tentés de le faire. Ils observent simplement ce qui se passe autour d'eux. Durant ses années d'errance et de pratiques spirituelles, Paramahamsa était juste témoin de ses pensées et de ses actions. Il observait simplement les pensées s'élever en lui et être accomplies.
Imaginez que vous soyez habitué à manger à midi. La faim va alors toujours se faire sentir à midi. Alors, vous mangez puis passez à autre chose. Votre samskara a trouvé son accomplissement, il est alors évacué de votre système. La plupart du temps, nos pensées sont induites par les autres, nos désirs ne sont pas les nôtres, nous les avons empruntés aux autres. Nous mangeons parce qu'on nous a dit de le faire ou parce qu'il est l'heure de manger. Par conséquent, ces pensées et désirs ne portent pas en eux l'énergie qui est nécessaire à leur accomplissement. Nous n'accomplissons que partiellement ces désirs, et ils subsistent sous forme de résidus.
Chez l'être illuminé, ce n'est que lorsque le corps a faim que la faim est exprimée sous la forme d'un désir pour la nourriture et, dès que ce désir est exprimé, il est satisfait. De la nourriture se manifeste. Le désir est inné, il est lié à un besoin. Il n'est pas un désir créé par l'esprit.
Toutes nos souffrances sont liées au seul fait que nous nous créons des désirs et sommes inaptes à les satisfaire. Pourquoi ? Parce qu'ils ne sont pas les nôtres. C'est ce que Bouddha veut dire lorsqu'il affirme que les désirs mènent à la souffrance. Les désirs qui nous font souffrir sont les désirs que nous permettons aux autres de nous imposer, et les désirs que nous récupérons d'eux sans le savoir. Bouddha se réfère à ces désirs qui naissent de la jalousie et de l'avidité humaine. Ces désirs n'ont rien à voir avec nos besoins: ils naissent de notre avidité.
La parivrajaka de Paramahamsa, (son voyage à travers l'Inde), fut un voyage intérieur bien plus qu'un voyage extérieur. Il a voyagé l'équivalent d'au moins 30000 kilomètres. En prenant le train ou le bus, cette distance aurait pu être couverte sur plusieurs mois au plus. Mais il marcha du nord au sud, d'est en ouest, il avançait dans son périple puis revenait sur ses pas. Sans aucun plan. Lorsque la pensée d'aller à un certain endroit s'élevait, il s'y rendait immédiatement par n'importe quel moyen disponible. Si sa pensée était de prendre le train, il prenait le train. Il n'achetait jamais de billet. Il n'avait aucun argent car il avait fait le vœu de ne pas toucher d'argent lorsqu'il quitta la maison.
Une fois dans un train aux alentours de Kolkata, (aujourd'hui connu sous le nom de Calcutta), un contrôleur lui demanda son ticket de train. Dans un Bengali précaire entrecoupé d'Hindi, Paramahamsa lui demanda, 'Quel ticket ? Je suis Brahman (l'énergie Universelle), vous êtes Brahman, ce train est Brahman, et le ticket est également Brahman.
Alors pourquoi un ticket ? !'
Le maître éclate de rire lorsqu'il nous rappelle cet incident, tout le monde attrape le fou rire quand il se revoit demander au contrôleur étonné: 'Ki ticket ? Aham brahman ! Aap brahman ! Gadi brahman! Ki ticket ?'
Le contrôleur était totalement confus. Cependant, il était un homme bon. Il ne lui redemanda jamais de ticket. En fait, il lui acheta de la nourriture à la station suivante et lui donna à manger. Paramahamsa dit que dans la majorité de l'Inde du nord, la robe orange est réellement respectée, contrairement à l'Inde du sud, les gens considèrent que s'occuper et nourrir un individu en robe orange est un privilège et un mérite. En Inde du nord, il n'existe aucune suspicion sur la valeur ou la vertu éventuelle de la personne qui porte une robe orange. L'attitude des gens est d'aider celui qui est dans le besoin. C'est une attitude de charité authentique qui provient de l'être et qui n'attend rien en retour.